De la belle bleue au bouquet final !

Publié le par Léonard Jaillet

Une nuit à Hat Yai  en Thaïlande, en transit en direction de Ko Phi Phi, un des endroits les plus réputés de Thaïlande (et même du monde) pour faire de la plongée. La seule guest house peu chère de la ville est infâme. Les couloirs sont morbides, les gens qui dorment ici ont l'air d'être tous plus ou moins des cas psychiatriques sévères. Les toilettes/douches de ma chambre sont tout particulièrement immondes, avec une odeur que les égouts n'ont absolument rien à envier. Heureusement, c'est pour une nuit et puis bon, on ne peut pas tous les jours gagner...

Le lendemain matin, je prends un mini-bus en direction de Krabi d’où je vais partir en bateau pour Ko Phi Phi. Arrivé à l'embarcadère de Krabi je me renseigne un peu sur les logements sur l’île. Apparemment, tout est extrêmement cher (bien sur dans l'absolu, ça reste raisonnable, mais ça représente quand même de l'ordre de 10 à 20 fois le prix de ma chambre à Chiang Mai !) et surtout, on me dit que comme on est toujours en haute saison, je risque bien de ne pas trouver de place. En questionnant un peu plus les gens qui connaissent bien le coin, j'entend parler d'une solution de secours qui se fait de plus en plus là-bas pour les gens qui voyagent comme moi à petit budget : tout simplement louer une tente et dormir tranquillou sur une des plages. Bon, ça me va très bien, je suis juste en train de calculer comment je vais faire pour ne pas me faire piquer mes affaires à quelques semaines de mon retour en France...

Arrivé là-bas, comme souvent, je me rends compte que les problèmes de logements sont finalement beaucoup moins critiques que ce qu'on avait pu m'annoncer. Bien sur pas mal de place chères et c’est effectivement assez souvent plein, mais en cherchant bien, j'arrive à trouver une chambre raisonnable et le lendemain, je changerai même pour des dortoirs (ça commençais à me manquer !) vraiment "cheap". Une fois posé là-bas, je passe ma première journée à faire le tour de l'île. Y a pas à dire, l'ambiance paradisiaque ils savent y faire par ici. Une île au sable blanc et à l’eau pure, avec plein de belles fleurs de partout… Bien sur, au milieu d'un tel décors et dans lieu si touristique, y a toujours un peu trop de débiles surexcités pour te gâcher une part du plaisir, mais bon…

En fait du tour de l’île je n'en fais qu'un petit quart. Malgré mon optimisme, quand il n'y a plus de plage coté mer et pas de sentier coté terre, c'est chaud ! Et quand après une heure hors circuit,  je commence à me tordre les chevilles en glissant tout seul sur des gros rochers casse gueules à des endroits où personne ne peut me voir, je commence à entendre la petite voix de la raison et je décide de retourner très doucement sur mes pas... Cette première journée, c'est aussi l'occasion de choisir mon centre  de plongée, parce qu'ici, étant donné le nombre de clubs, il n'y a que l'embarras du choix. Après avoir testé 2 ou 3 centres, je me rends vite compte que ce qu'ils proposent est à quelques nuances près plus ou moins toujours la même chose. Comme ils le disent eux même, le reste, c’est une question de feeling. Je fais donc l’impasse sur l’équipe d’australiens gros bras et je trouve finalement un centre de plongée tout tranquille avec un moniteur français qui peut en plus m’emmener en solo. Nickel !

Plus de 3 jours de plongée, à rêver au milieu d’une exceptionnelle diversité de poissons et de coraux multicolores (effectivement, c'est encore un niveau au dessus par rapport à ce que j'ai pu voir à Ko Tao), mais aussi plus de 3 jours à faire énormément d’exercices pratiques comme théoriques, avec à la fin un véritable examen pour voir si tout est bien rentré. Moi, j’adore et je m'immerge littéralement dans tout ça. Quand je ne plonge pas, je bouquine les cours théoriques, quand je ne bouquine pas, je dors. Finalement je ne cherche à faire rien d'autre, ne vois absolument personne et c’est très bien comme ça! Au final, ce sont vraiment de superbes journées de mon voyage, où j'ai eu la chance de voir plein de bébêtes que je n'aurais jamais cru pouvoir voir de toute ma vie : murènes géantes, sèches, rascasses, gorgones géantes, mini hippocampe, "hawksbill" tortues et même des requin léopards. La classe !

Nous sommes déjà fin janvier et j'ai intérêt à en profiter, parce que je sais que dans 15 jours, incroyable mais vrai, je suis de retour en France. Ca sent vraiment la fin. Même si je suis très content de revoir les bonnes bouilles françaises, ce voyage me manque déjà…  Sans perdre de temps, je décide donc juste après avoir obtenu mon certificat de filer de nouveau en Malaisie, cette fois-ci en direction de la capitale, Kuala Lumpur (KL pour les vrais…).

Trajet sans soucis. Arrivée de nuit à "KL", où trop fatigué et pas assez méfiant, je me fais arnaquer par un taxi driver qui me fait faire la moitié de la ville avant de me déposer à 100 mètres de mon point de départ. Ca faisait longtemps et ça me fait beaucoup rire. Comme quoi même après 7 mois de voyage, on peut encore tomber dans ce genre de panneau... (et dire qu’au début j’ai regretté de ne pas lui avoir donné de pourboire ! ) Le lendemain, je décide de recontacter Lizan, le malais que j'avais croisé à Tanah Rata, qui justement essayais de savoir si j'étais déjà passé à Kuala Lumpur. Parfait. Du coup la journée il bosse alors que je visite la ville de mon coté, mais en fin d’aprèm on se retrouve pour boire des coups, visiter les coins typiques de la ville. Temple des grottes Batu, twin towers, restos traditionnels, immenses mosquées, quartiers indiens, chinois.... Kuala Lumpur m'a l'air d'une ville pleine de vie et ultra hétéroclite, capable de nous faire passer en un clin d’œil des nouveaux quartiers d'affaire ultra moderne, avec gratte-ciels et grands malls, à des quartiers plus traditionnels souvent plus crades mais franchement plus chaleureux...

Lizan n'a encore jamais quitté la Malaisie, mais on sent quand on parle avec lui qu'il est en train de prendre doucement mais sûrement le virus du voyage... Déjà, depuis qu’on s’est croisé, il a décidé de partir coté Bornéo, où il n’est encore jamais allé (pour moi, c’est râpé, je n’aurais malheureusement pas le temps cette fois-ci). Mais son rêve absolu, c’est bien sur de venir en France, pour voir Paris certes, les françaises cerrrtes, mais aussi pour voir... la neige! Et oui c'est comment la neige ? Il m'explique qu'il l'a déjà vue en vrai, mais uniquement exposée derrière des vitres, dans un espèce de musée de la neige, qui regroupe bonhommes de neiges, igloos...  dingue ! heu oui oui, c'est vrai que c'est doux la neige. Enfin je crois...

En attendant, il profite de ma venue pour prendre quelques jours de congé et nous voila pour les derniers jours qui me restent filant tous les deux à Melaka, une ville au sud sur la côte dont tout le monde m'a parlé et qui est sensée être très chouette et notamment très sympa sur le plan historique (car successivement conquise par les portugais puis les hollandais et enfin récupéré par les britanniques). Là bas, après avoir vite expédié la visite de la ville et des musées plutôt rasoirs, on se passe une petite semaine vraiment à la cool, avec comme point de chute une guest house super agréable, où l'on rencontre notamment des suisses très sympa (que l'on avait croisé dans les Cameron highlands, le monde est petit !). Ce sont ces journées à ne rien faire tellement agréables. Petits jeux, restos en tout genre histoire de saturer une dernière fois les papilles avant le retour au pays, balades dans le quartier chinois ou l’année du cochon est pour bientôt, ce qui veut dire tout un tas d’animations de partout (avec de superbes shows karaokés), un peu de shopping final et la semaine est déjà largement passée. Le 29 janvier, je dis au revoir à Lizan en se promettant de se revoir en France ou ailleurs, mais à priori en France, car ça y est celui-ci est déjà en train de s'organiser pour venir d'ici 1 ou 2 ans ! Le 1 février, je prends un bus avec les 2 petits suisses que j'ai rencontré. Direction Singapour ou mon avion décolle le 2, à 4 heures du mat !!

Dernier passage de frontière… La blague! Le gars de la douane a beau passer 5 fois mon passeport dans la machine, celui-ci reste invariablement illisible ! Alors voila le monsieur qui du coup me demande de me mettre de coté et d'attendre, tout en commençant à faire passer d'autres personnes. C’est que moi j'ai un bus qui m'attend en bas là ! Je dis à mes deux suisses (Pascale et Jari) de ne pas s'embêter à m'attendre et de partir avec le bus, mais eux très cools me disent qu'ils vont prévenir le chauffeur et tout faire pour le retenir.
...
Bon, me voila en train de poiroter un grand sourire sur la face, en me disant qu'il fallait que ça me tombe dessus le dernier jour. Je me vois déjà en train de l’écrire sur le net... Finalement un gars vient me chercher et m'emmène à un bureau des douanes où là, je poirote encore 20 minutes histoire que le gars ayant à traiter mon cas ait fini de téléphoner, de se curer les ongles... A coté de moi, tous les recalés qui ont d’ailleurs pour la plupart une tête louche. J’en suis sur, dans le tas il y en a bien au moins un qui doit avoir de vrais faux papiers. Je suis chez les malfrats, la classe ! Finalement le gars traite mon cas en 3 minutes. "Facile, l'encre française sur votre passeport est trop épaisse et rend la lecture dans les machines standard impossible. Heureusement, avec nos machines à nous (clin d’œil complice), pas de problème !  Welcome in Singapore sir (nouveau clin d’œil)".

Et bien, heureusement que ça ne m'a pas fait le coup à chaque passage de frontière ! En tout cas, ça m’apprendra à faire le malin en disant à Pascale que j’étais blasé de ce genre de formalités... En bas bien sur, plus de bus. Par contre je retrouve mes 2 suisses qui sont patiemment restés à m'attendre. Cool ! Ils m'expliquent que le chauffeur était quand même tout désolé de nous planter comme ça, mais qu'on pourra monter dans n'importe quel bus de la même compagnie en montrant notre ticket au chauffeur et en expliquant notre cas. Impeccable, d'autant plus qu'ici y a un trafic énorme !

Une heure et demi plus tard... On a vu 5 fois les bus d'absolument toutes les compagnies, sauf bien sur le notre ! Jari qui est bien malade et tout crevé commence à tirer la gueule... Finalement, un des chauffeurs qui nous voit poiroter depuis un moment nous demande ce qu'on fait là et après avoir expliqué notre cas, nous laisse monter dans son char (au grand mécontentement de son méchant collègue qui lui, joue au méchant).

Enfin Singapour. Et là, incroyable, des milliers, que dis-je des milliers, des millions d’indiens dans les rues… pour me dire au revoir ?! Presque ! Incroyable  coïncidence, ici on fête Thaïpusam un immense  festival indien ! La fête consiste à l’origine à remercier le dieu Subramaniam (un fils de Shiva), pour un vœux réalisé. Mais ce festival a aussi surtout pour but de se rappeler que le monde est souffrance (principe de base de la religion indouhiste) et que nous devons vivre le mieux possible en aidant les autres, en restant positifs pour se libérer des réincarnations et se délivrer des souffrances de ce monde.

Justement les souffrances… Toute la journée, des centaines de mystiques  viennent s’offrir à Dieu en se torturant de divers manières. Crochets dans la peau, broches traversant les joues et la langue, chaussures cloutées… Les indiens ainsi en transe processionnent sur plusieurs dizaines de kilomètres sous une chaleur intense, la plupart portant un "kavadi", cet espèce de fardeau qui a la forme d’une cage en acier et reliée au porteur à l’aide de pics et de crochets dans la peau. Tout autour d’eux, la foule et les amis qui dansent, chantent et qui les supportent. Atmosphère surréaliste, où la fête transcende les douleurs. Dans quelques heures, je prends un avion pour Paris Charles de Gaulle alors que je suis à 4 milles années lumière de notre monde. Je me noie dans cette masse de gens, cette foule lumineuse. J’ai abandonné mes petits suisses pour me retrouver une dernière fois seul dans cette immense marée humaine. Plongé dans cette cérémonie depuis plusieurs heures, à mon tour la folie de l’évènement petit à petit me gagne. Comment rêver d’un meilleur final ? Devant moi un grand bal pour me dire au revoir, un mélange de peines, de joies dans un univers à l’image de ce que j’ai pu vivre tout au long de ces huit mois qui regroupe dans une même ville indiens, chinois, malais et même… occidentaux !

4 heures d’ivresse mystique pour un au revoir plein d’émotion. Mais l’horloge implacablement tourne. Un dernier coup d’œil à la fête et hop, je file un coup dans les autres quartiers de la ville pour jeter un rapide coup d’œil à ce qu'est Singapour. Encore plus qu'en Malaisie, la ville semble être un étonnant mélange de cultures. Un peu frustrant de devoir partir déjà. Un petit tour dans le quartier chinois (où tout est aussi en effervescence à quelques jours du nouvel an chinois), au milieu des immenses buildings occidentaux, coup d’œil dans une mosquée, retour dans un petit temple indou et cette fois-ci, je crois véritablement que la boucle est bouclée… Je file vite à la guest house des suisses pour récupérer mon sac et filer à l’aéroport avant de louper le dernier métro…

Dernière frayeur. J’ai bel et bien réussi à louper mon dernier métro : en fait la ligne se divisait en deux non loin de l’aéroport et le métro que j’ai pris partait du mauvais coté de la fourche. Me voici coincé et à moitié paumé au milieu d’une station déserte à 4-5 kilomètres de l’aéroport… Je me demande si je ne vais pas devoir finir à pied, avec mes 15 kilos sur le dos… Mais non, Singapour c’est une ville moderne et en 2 minutes me voilà sauvé par un taxi ! Peu de temps après, j’arrive tranquillement à mon aéroport, la tête pleine d’une si belle journée, d’un si beau voyage…

Epilogue

Après un retour qui m’a semblé ne durer que quelques instants, la moitié du temps plongé dans un coma profond, l’autre moitié incapable de penser et après une escale de quelques heures au Qatar (cf. Tintin au pays de l’Or noir), mon débarquement en France s’est fait plutôt reposé, léger… Récupéré par Augustin qui m’avait déjà emmené à l’aéroport il y a 7 mois (très exactement 200 jours plus tôt), j’ai l’étrange impression que tout ceci n’a duré que le temps d’un court battement de paupière… Le lendemain, je me dirige en direction du Mans, ou je vais faire la surprise de sonner chez mon frère un beau samedi matin alors que celui-ci est persuadé que je me trouve encore quelque part entre la Malaisie et Singapour. Choc émotionnel assuré… Le soir, c’est au tour de mes parents d’être bernés : alors qu’ils pensent être avec moi sur Web Cam en direct de Singapour ils vont croire perdre la tête pendant quelques minutes en voyant surgir à coté de moi à l’autre bout de la Terre mon frère, sa femme et ses enfants…

200 jours de magnifiques rencontres, de solitude, de bonheurs, de grosses claques, de doutes, de petits plaisirs quotidiens, de galères, de joies immenses, d’introspection, d’immersion dans l’Histoire des pays, dans la culture et le quotidien des gens. 200 jours à partager ces petits moments de vies souvent si différentes des notre. Moments captés au hasard du chemin, parfois maladroitement,  mais qui reste tout bêtement pour moi une des plus belles expériences de ma vie !

Merci à ceux qui ont eu la patience de lire un peu ou beaucoup ma longue, longue prose… Et qui sait, peut être à bientôt pour la suite !

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Nicolas 31/05/2010 02:46



Ouaaahhh... Super, j'ai adoré!! Merci encore... ;D


A bientôt.


Bise.


Nicolas.



Benoît L. 26/04/2007 13:39

Mais où est passé Léo ?

thomas 19/04/2007 09:11

aye aye, je n'arrive plus a contacter leo sur son mail yahoo ! Mais que se passe t'il !?

----- The following addresses had permanent fatal errors -----

(reason: 550 : Recipient address rejected: User unknown in virtual alias table)

----- Transcript of session follows -----
.... while talking to smtp-01.serveursdns.net.:
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