Pluralisme culturel en jungle tropicale

Publié le par Léonard Jaillet

24 heures de train à partir de Bangkok à traverser la Thaïlande Nord Sud, pour atterrir en milieu de journée en terre malaise. Comme la plupart des personnes au monde, pas même besoin d'un visa pour entrer ici. Exception majeure pour les ressortissants israéliens : la Malaisie leur est tout bonnement interdite. On a beau connaître ce qui est "tensions" entre juifs et musulmans, ça fait quand même bizarre...
 
Tout se trajet m'a laissé le temps de réfléchir à ce que j'allai faire à mon arrivée et quand j'arrive dans la petite ville de transit de Butterworth (Ah, c'est ça la "péninsule malaise" ? Oh, mais y a plein d'indiens, je ne m'y attendais pas moi ! Dis donc, c'est chouette ils parlent tous super bien anglais !) j'ai devant moi 3 options.
1. Aller coté ouest sur la grosse île de Penang non loin d'ici, où tous les passagers du train ont l'air de vouloir aller. Ceci dit,  à lire la description du Lonely, j'ai l'impression que l'île a depuis longtemps perdu son coté sauvage et possède une forte activité industrielle qui est loin de faire rêver...
2. Filer sur les plages paradisiaques de la cote est (pour éventuellement replonger), mais je viens  de découvrir, que l'on risque d'être en pleine période de mousson et donc que ces dites plages ont de fortes chances d'être fermées (c'est dingue, j'en ai pas entendu parler jusqu'ici, à croire que le changement de climat a lieu exactement au niveau de la frontière...)
3. Filer au cœur de la péninsule et de la jungle malaise, en direction des "Cameron Highlands", au risque de se retrouver enterré ce soir dans un trou complètement paumé.

Finalement, j'opte timidement pour la 3ème solution et me voilà repartit pour encore 6-7 heures de bus en direction des montagnes centrales de la péninsule. Seul touriste pendant la première moitié du trajet, je me demande de plus en plus si je n'ai pas fait une petite boulette... Heureusement à Ipoh à mi-parcours, quand débarquent un couple d'australiens je me sens moins seul... Arrivé en début de soirée à Tanah Rata, je décide de parasiter les 2 zozos et de les suivre dans leur guest house (aille, eux ont des réservations, ouf il reste encore de la place). Finalement, le verdict est sans appel : y a pas de problème, c'est vraiment trop facile de voyager ! Je croise un gars à l'entrée de la guest, Lizan, un malais de mon age avec qui tout de suite j’ai  un bon feeling et avec qui je décide d’aller vite manger étant donné que je n’ai pas eu de vrai repas depuis presque 2 jours...

Lizan est vraiment très sympa et comme c'est son pays, qu'il est déjà venu dans la région plusieurs fois et qu'il parle bien anglais, c'est le guide parfait. On se retrouve dans un petit resto indien incroyablement bon (c'est décidé, rien que pour ça, j'irai en Inde !) . L'occasion de se poser un peu...
Bon décidément la Malaisie c'est différent. D'abord, je le redis, les gens parlent ici en général très bien anglais et ça change tout. En plus le pays fait hyper développé et ça fait tout bizarre, moi qui commençais à oublier ce que c’était... Les routes sont impeccables, on retrouve les habitation modernes toutes moches en béton et même les grands centres commerciaux. Ce qui est beaucoup plus sympa et qui frappe rapidement c'est aussi le mélange des populations. J'ai le droit à une petite leçon explicative de Lizan. En fait on trouve 3 principales communautés en Malaisie, très différentes les unes des autres avec chacune leur religion propre. D'abord les malais (les malaisiens d'origine malaise...), qui sont en grande majorité musulmans. Ensuite les chinois généralement bouddhistes et enfin les indiens qui sont à forte majorité hindouistes. C'est donc un beau bordel, mais contrairement à ce qu'on pourrait craindre, même si ces communautés ne se mélangent pas trop, ce petit cocktail a l’air de fonctionner vraiment pas mal. Moi, je sens que je commence à avoir un vrai bon feeling avec ce pays. Seul “hic”, l'alcool est ici outrageusement  cher : on retrouve presque le prix des alcools français, c'est pour dire ;) !!

Un peu plus tard, alors qu'on est en train de papoter tous les deux au resto, on croise un groupe de 3 anglais/australiens qui ont rencontré Lizan la veille et qui décident de se joindre à nous et encore un peu plus tard, hop nous voilà filant tous ensemble à la guest house de nos trois messieurs. Là-bas, ambiance extrêmement chaleureuse et feutrée. Une quinzaine de personnes assises autour du feu à chanter des chansons, jouer de la guitare, parler voyage... J'aime tellement la place que toutes les soirées qui suivront, je les finirai toutes là-bas, au coin de ce feu, à rencontrer à chaque fois des voyageurs différents. Rencontres fugitive exaltées par la l'ambiance magique du lieu. Si on avait pas cette maudite fumée toujours dans les yeux, la vie serait parfaite ! Note pour plus tard, si je ne sais pas quoi faire de ma vie à 40 ans, tenir une guest house en Malaisie ou ailleurs...

La journée suivante, on a décidé de se retrouver avec les 3 anglais et Lizan pour visiter les alentours. En plus, Lizan a une voiture rien que pour lui. Décidément, tout devient trop facile ! Au programme :
- un petit temple  (mouaif),
- une "ferme à papillons", où l'on peut découvrir une grosse variété de papillons certes, mais aussi bien d’autres animaux plus ou moins bizarres sur lesquels on peut tomber si l’on s’aventure dans la foret alentour (franchement pas mal),
-  une ferme à fraises (nul, si ce n'est que j'apprends que comme ici il n'y a  que 2 saisons, saison sèche et saison des pluies, les fraises peuvent pousser toute l'année. Etonnant non ?)
- un village qui se dit "traditionnel" (naze, de chez naze. Temps total de la visite : 1 minute 30)
- un marché traditionnel (hé ho, un peu de sérieux, y a pas un produit que je ne trouve à la Croix Rousse...),
- des plantations de thé. Ouf, ça sauve la journée. On a le droit a une belle visite guidée des ateliers de fabrications et surtout un aperçu des immenses plantations qui recouvrent toutes les collines alentours.

Le lendemain, alors que Lizan est déjà retourné bosser à Kuala Lumpur,  les 3 anglais filent à leur tour pour la suite de leur périple. Me voici donc de nouveau seul et comme pour ce qui est de la visite des alentours, je pense que j'ai fait largement le tour, ne me reste plus qu'une chose à faire mais non des moindres : un trekking au cœur de cette fameuse  jungle tropicale ! A moi les boas constrictors, plantes carnivores et autres sentiers touffus à travers lesquels on ne se fraye un chemin qu'à grands coups de machette !

Bon certes, je n'ai pas forcément vu TOUT ça, mais c'était quand même pas mal... Donc, me voilà partit pour une grosse journée  au cœur de cette foret, accompagné de 3 allemands et d'un guide de 65 ans ultra dynamique qui à mon avis pour avoir autant la pêche doit se sniffer une de ses plantes tropicales dont lui seul a le secret... Une journée de navigation parfois laborieuse au milieu d'une végétation extrêmement dense, avec des arbres multi -centenaires gigantesques des trampolines de mousse, quelques plantes vraiment bizarres, comme cette espèce de fougère qui rétracte ses feuilles quand on la touche ou encore cette magnifique fleure carnivore qui utilise un espèce de liquide sucré pour engluer les insectes. Et puis nous passerions probablement à coté de l'essentiel, s’il n’y avait notre guide pour nous raconter les histoires et légendes à propos de la forêt, pour nous montrer quel bois est coupé comme bois de chauffe, quel bois est utilisé pour l’artisanat... Scout toujours,  on peut encore le voir nous extraire une racine du sol avec lequel il tresse en deux secondes un bracelet très "pro".
 Il nous montre aussi ce qu'il faut boire et manger si l’on est perdu dans cette foret (et surtout ce qu'il ne FAUT PAS boire/manger), nous explique aussi comment en ressortir (toujours chercher à descendre et à suivre les rivières au long desquelles se trouvent en général les villages…) Il nous explique aussi comment il y a peu de temps, un “ranger” a été retrouvé vivant mais en sale état, après 3 mois de disparition alors que tout le monde le donnait pour mort…
Notre guide la larme à l’œil nous raconte aussi comment la forêt est entrain d’être dévastée (60% des forêts de Malaisie seraient déjà rasées…) et justement, nous explique que la zone toute défrichée que l’on est en train de traverser et au milieu de laquelle surgit triomphalement un gros poteau électrique, était  il  n'y a encore que quelques années un des plus beaux sentiers de la région...
 

On finira par sortir de la jungle pour déboucher sur un petit village perdu au milieu de nulle part. Facile de deviner qu’ici c’est plutôt la grande misère. Par rapport à ce que j’ai déjà vu de la Malaisie, j’ai l’impression d’un retour 30 ans en arrière. Baraques à l'identique en toit de taule ondulée et murs en béton brute qui contraste avec tous les vêtements multicolores suspendus aux cordelettes à linge. A notre arrivée, une nuée de petits gamins débraillés nous accueillent tout sourire, nous tendant bien vite la main pour recevoir les bonbons/gâteaux que notre guide nous a demandé d’amener. Bon, même si ce genre de contact est toujours un peu dérangeant, il me semble que c’est toujours mieux que de venir avec les poches pleines de dollars… Après avoir quitté trop rapidement le village, on finira cette longue journée du coté d’une nouvelle plantation de thé. En rentrant je suis exténué, mais une nuit de 15 heures et me voilà prêt à repartir…

Mais repartir vers où ? Un des anglais que j’ai rencontré le premier jour m’a mis l’eau à la bouche avec ses histoires de plongée : il m’a raconté comment il avait passé son brevet "PADI" en 3 jours  à Ko Phi Phi, une île thaïlandaise, au milieu des tortues et des requins léopard… Comme en Malaisie, c’est effectivement la mousson et que toutes les plages où l’on peut plonger sont fermées (pas de doute, j’ai bien fait de ne pas aller sur la cote Est !), je décide de retourner en Thaïlande pour me faire encore plaisir sous l’eau…

Me voilà donc reparti en bus pour rejoindre Buterworth où j'avais déjà transité. Au passage du premier col, on peut s’apercevoir que le chauffeur a un vrai problème de boite de vitesse. Apparemment il est incapable de faire marcher la première … 5 essais à essayer de passer ce col et 5 échecs,  le bus calant  en seconde à bout de souffle, à trois mètres du sommet… Bon, finalement le chauffeur décide de faire un petit détour et… le tour est joué !
2ème col. Cette fois-ci, pas de détour possible et quand on voit qu’il est beaucoup plus long que le premier, ça sent la cause perdue. Pourtant notre opiniâtre de chauffeur tente le coup, mais  malgré sa bonne volonté et le fait qu'il a tout un bus de passagers solidaires derrière lui, nous voilà encore une fois au milieu d'une cote en train de caler...
Bon, moi je m’attends à descendre du bus pour passer le col. Après tout, je l’ai déjà fait au Laos et je l’avais même fait aussi au Vietnam alors que l'on était à deux avec mon guide en moto. Mais non, le chauffeur est un petit malin et décide de faire faire un demi-tour à son bus, comme ça dans le virage au milieu de la cote (on ferme tous les yeux à chaque fois qu’un pneu s’approche un peu trop du vide…) et nous voilà cette fois-ci repartis en marche arrière sur 4 kilomètres ultra sinueux jusqu’à franchir ce fameux col. Certes, je savais que la Malaisie était un pays étonnant, mais là, chapeau !
 
Avec tout ça, moi j'ai complètement loupé ma correspondance à Butterworth (plan A). Arrivé là-bas, je tombe sur un gars très sympa de la station qui a justement l'air d'être là pour aider les gens à faire leur transfert. Mon sauveur ! Il m'explique qu'effectivement mon bus est partie mais que si je veux, je peux prendre pour un peu plus cher un mini bus qui partira dans une demi-heure (plan B). Parfait, le mec me remplit un coupon qui fait office de billet et me demande d'attendre bien sagement pendant qu' il passe un coup de fil. Aille, en fait le mec vient d'avoir le chauffeur au téléphone qui lui a dit que la dernière place venait d'être prise. Il me rend mon argent et déchire mon billet. C'est bien beau mais moi qu'est ce que je fais maintenant?
 En tout cas, le gars est bien décidé à me prendre en charge et se démène à demander des infos aux gens autour de lui pour trouver une solution. Finalement on lui dit qu'un bus d'une autre compagnie devrait lui aussi partir sous peu pour la Thaïlande (plan C...). Nous voila d'un coup tous les deux en train de courir pour que je chope le bus à son arrêt situé à une centaine de mètre. Là-bas, au miracle, je vois mon bus qui n'est pas encore parti ! Arghh non j'ai parlé trop vite ! Au moment où j'arrive, je le vois qui met les gazes et qui part de sa station. On lui fait des grands signes, mon "guide" se met même presque en travers de sa route et manque de se faire écraser ! Pas de doute, ce couillon nous a vu mais n'a pas daigné s'arrêter pour un malheureux retardataire. Je suis vert, mon gars aussi... Mais celui-ci ne se démonte pas. Finalement, il me propose l'ultime solution de secours (plan D !!). Il m'emmène à la station de taxi qui fonctionne en partenariat avec les bus et m'explique qu'en gros ne se retrouvent là-bas que tous les gars qui comme moi ont loupés leur correspondance. Bien sur, le prix du trajet si je décide de passer la frontière tout seul est assez corsé (quoi que ramené en euros...) mais par contre il me propose d'attendre à la station d'autres personnes comme moi et me fixe un prix super raisonnable pour partir à 4 co-passagers.
Bon, de toute façon j'ai pas le choix. Me voici donc un peu paumé dans cette station de taxi au milieu de nulle part et  tenue par 6 ou 7 chinois à l'air plutôt louche qui parlent peut être malais mais sûrement pas anglais et qui ont l'air de m'avoir complètement oublié. Encore une fois, je suis complètement à la merci des gens qui m'entourent. Encore une fois, le tout, c'est d'avoir confiance...  Finalement, au bout d'une petite heure, une jolie dame chinoise bon chic bon genre se joint à nous et laissant de coté l'idée d'attendre d'autres passagers perdus, un taximan nous dit qu'il est temps de partir, direction Thaïlande ! 4 heures de route sans encombre et finalement on a même réussi à regagner un peu du  temps perdu dans ce transit foireux, notamment grâce à un passage de frontière express. Le plus dur est fait ! Je me dis que si tout va bien, dans quelques jours, je devrais être de nouveau happé par l'ivresse des profondeurs, 1 gros cylindre d'air comprimé sur le dos...

Commenter cet article