Laos dans les montagnes : mariage, reportage et petits villages

Publié le par Léonard Jaillet

De Nong Kiaw où je dis au revoir à Guillaumar et Suzanna qui ont changé leur programme et ont décidé de filer au Vietnam et au Cambodge pour quelques semaines (et oui, fallait pas regarder mes photos...), je pars en tuk-tuk en direction de Udomxai et comme je tombe sur une correspondance miracle, j'enchaîne encore plus au nord, vers Luang Nam Tha, la haut dans les montagnes... La région est réputée pour la beauté de ses paysages et effectivement, au long de la route défile sous nos yeux un petit Eden avec des fleurs de toutes les couleurs... En chemin, encore quelques scènes quotidiennes : un des sacs tombe du toit et s'explose sur la route (tiens, cool, c'est pas le mien), un motard écrase malencontreusement un poulet et du coup le finit en le fracassant sur la route puis l'embarque...

Arrivé à Luang Nam Tha, je rencontre une japonaise dont j'oublie aussitôt le nom (voila bravo !) et avec qui je passe la soirée, puis ensemble on se trouve une guest house tenue par des chinois. Et oui, ici on est de nouveau plus très loin de la Chine et ça se sent. De partout on retrouve ces bons vieux caractères et la nourriture a elle aussi un goût de déjà vu... Le lendemain, je fais le tour de cette ville-village. Nong Nam Rha est aussi connue pour les nombreuses ethnies qui peuplent les villages alentours et effectivement, quand on se balade ici, on peut voir hommes et femmes en costumes traditionnels.

A partir de là, on peut aussi faire des treks de "tourisme équitable", qui sont sensés ne pas trop polluer les villages visités qui récupèrent une partie de l'argent des touristes, où l'on encadre un minimum les touristes pour qu'ils évitent de faire n'importe quoi. Pour certaines ethnies, on m'a d'ailleurs dit que si tu dors suivant une mauvaise orientation, tu fâches les esprits et que pour te faire pardonner, il est souvent  nécessaire de sacrifier un buffle. Ca fait désordre quand même.... Bref ça a l'air pas mal tout ça, mais quand je regarde les prix, c'est plutôt cher et j'ai toujours ce problème de liquidité qui fait que je ne peux plus tirer d'argent au Laos (à moins de faire un retour en catastrophe à Vientiane). Je calcule combien il me reste et c'est vraiment limite. Ca pourrait passer, à 1 ou 2 euros près, si je mange pas trop... J'hésite jusqu'à la dernière minute, je réussis à faire changer un de mes 2 billets de 5 euros déchirés en prenant un air misérable à la banque et je me renseigne sur les transferts Western Union (échec total, ça prend trop de temps). Au dernier moment, je décide d'annuler parce que c'est quand même vraiment trop chaud et puis bon, je rencontre des gens qui me disent que la visite des villages en vélo ça se fait aussi très bien et que c'est tout aussi sympa. Bon, pour fêter ça, je me paye un petit gueuleton...

Donc une 1ere journée "organisation", à traîner dans les banques et à ne pas faire grand chose. Finalement en fin d'aprèm, je tombe sur un couple de français d'une 50aine d'années que j'avais déjà rencontré dans le bus. Eux se déplacent en voiture (ce qui change absolument tout ! ) et s'apprêtent à aller visiter des ateliers fabricant des "produits artisanaux" dans un des villages alentour. Zou, me voila en 2-2 nouveau membre de la famille, à squatter leur voiture. Arrivés la-bas, la loose : le centre d'artisanat est fermé depuis plusieurs mois et à part un cochon embroché et prêt à déguster, il n'y a pas grand chose. On décide donc de rebrousser chemin, mais comme notre conducteur a oublié son guide dans la fabrique de soie qu'ils ont visité la journée et qu'ils veulent le récupérer, me voila parti avec eux là-bas. Sur la route, j'apprends que les français sont dans le pays pour essayer de faire rentrer en France la femme d'un Laotien (qui leur sert de guide et qui est avec nous dans la voiture) qui est bloquée au Laos depuis plusieurs années. D'après eux,  les autorités françaises leur mettent beaucoup de bâtons dans les roues vis à vis de cette demande d'immigration. Sans blague ?...

Arrives à la soierie, en fait une ONG franco-suisse, je rencontre un des ingénieurs qui bosse la bas et très vite, celui-ci se met en mode "entretien professionnel" (et oui, on ne se refait pas). Hop, changement de contexte. J'ai le droit a une explication très sérieuse et très détaillée de la soierie. Il me montre le fonctionnement des tisseuses, les endroits où sont élevés les vers, me demande pourquoi je suis intéressé par ça, quelle est ma formation... Heu bin voila, je passais par la, j'ai vu de la lumière... enfin merde ça se voit quoi que je suis un touriste nan ?? Bref c'est a la fois très intéressant et vraiment très drôle (en plus j'ai un peu honte, faut vraiment que je prenne une douche...). Le but de l'assoce, si j'ai bien suivi, c'est d'arriver à un produit fini (des T-shirts, des sacs, des robes...) suffisamment de bonne qualité pour pouvoir ensuite l'exporter en le vendant à des grandes marques de luxe européennes. La soierie regroupe des femmes qui viennent d'une vingtaine de villages aux alentours pour être formées ici sur les techniques propres à la soierie (qui s'inspirent de leurs techniques traditionnelles mais qui sont sensées les améliorer). Après une espèce de stage elles peuvent ensuite bosser à domicile chez elles et reçoivent un salaire plus ou moins régulier. Bref, tout ça a l'air très chouette...

Le soir je retrouve par hasard Matthew, mon canadien de Laung Prabang, qui revient de 2 jours justement de "trek équitable" (pas de regret : c'était a priori  pas géant). On se retrouve le soir avec lui, une allemande croisée sur le chemin et finalement tout le groupe de trek avec lequel il a passe les 2 jours. Une bande d'excités un peu déjantés avec un mec qui fait vraiment le malin (mais avec un vrai talent). Un français, normal... En rentrant un peu tard à ma guest house, je tombe sur le laotien de la voiture, celui qui cherche à faire venir sa femme en France. Le gugus pas vraiment frais décide de me prendre à parti et de me parler de son pays. C'est parti pour une heure d'entretien privé avec un ex-proche du gouvernement, loin de la description édulcorée des offices de tourisme.

Bon je préviens, j'ai sûrement compris certaines des choses de travers mais bon, il ne m'a pas toujours aidé faut dire... Alors il m'explique comment les Nations-Unies mettent la pression sur le pays pour garder le plus possible les spécificités ethniques alors que le gouvernement lui, préférerait plutôt mixer d'avantage les individus pour avoir un peu plus une identité propre du peuple Laos, m'explique que les Hmongs qui survivent traditionnellement en déboisant les forêts ne peuvent plus le faire sous la pression des autorités et des organismes écologiques, mais que heureusement la croix rouge japonaise est là pour les aider.  D'après lui, ceux-ci (les Hmongs) revendiquent aussi un peu trop leur identité ethnique, ont été fortement propagandés par les américains pendant la guerre et que cela se ressent, il dit aussi que l'état voudrait "gommer" ces différences, alors que ceux-ci s'y opposent, parfois un peu violemment (moi j'ai déjà entendu des mots comme "massacres", voir "génocide" et "groupes terroristes" mais passons...) Il m'explique aussi que d'un coté les chinois ont une mauvaise influence sur la région, parce qu'ils ont tendance à baisser les prix et à se foutre de toutes les questions de propreté, et de respect de l'environnement, mais que ceux-ci d'un autre coté, dans leur façon de travailler avec le Laos, ont plus tendance à favoriser l'économie du pays que la manière dont travaillent les européens. Il m'explique encore comment d'après lui, le Laos est une forme de dictature, que l'opposition n'est pas permis, que le gouvernement ne veut pas de changements économiques trop violents afin d'être sûr de maîtriser la situation et donc de rester au pouvoir. Il m'apprend qu'il y a plein de richesses naturelles au Laos, notamment beaucoup de mines d'or et d'argent, mais que celles-ci sont toutes exploitées par des compagnies étrangères. Il m'explique aussi comment il a été rappelé par le gouvernement pour faire évoluer le pays, que beaucoup de personnes du gouvernement (précédent ?) ont été mis en prison mais que lui n'a rien eu parce qu'il n'occupait qu'un rôle technique (il bossait dans la prospection de mines si j'ai bien compris). Je tombe aussi un peu sur le cul quand il me dit que pour lui, l'ONG que l'on a visité dans la journée (celle avec le monsieur très sérieux...) est de la foutaise, que d'après lui, l'utilité de ce genre de truc est vraiment mineure et que de toute façon, n'étant pas rentable, elle devrait bientôt fermer ! "De toute façon, les occidentaux ne comprennent pas les mentalités et les vrais besoins du peuple Laos." Bon ça calme...

Le lendemain, après avoir passé la matinée à papoter avec deux anglaises qui font un tour du monde d'un an (Et voila encore 2 !), je m'apprête à louer un vélo pour aller visiter les villages aux alentours de Luang Nam Tha. Juste au moment de partir, je tombe sur le patron de ma guest qui me propose de participer au mariage d'un de ces ami ! Virage à 180 degrés ! 5 minutes plus tard et 2 pâtés de maison plus loin, je me retrouve au milieu de la fête (en compagnie de 3 autres touristes). On peut dire que l'ambiance n'a rien à voir avec ce que l'on peut connaître du coté de chez nous ! D'abord, tout se passe de jour, sur une grande place parce que le but c'est d'inviter un max de monde (c'est pas pour rien qu'on est ici, hein). Au milieu de la piste, les invités dansent sur des musiques traditionnelles. La manière de danser s'apparente pas mal au rythme de la vie locale : surtout, ne pas se presser. On avance les mains en l'air doucement, mais alors tout doucement, un peu comme si on traînait les pieds quoi.
La nourriture est bien entendue particulière pour une telle occasion et ça se sent : autant j'aime bien la nourriture classique laotienne, autant j'ai du prendre sur moi, pour sourire après avoir mange un peu de ce que me proposaient les gens qui faisaient le service autour des tables....  Ca, encore ça va, j'ai pris le plis en Mongolie... mais ce qui est plus délicat, c'est de faire face à la marée d'alcool proposée : toutes les 5 minutes, quelqu'un vient à la table avec une bouteille de Laolao, et sert a chacun un petit "shot", à boire cul sec. Là, on nous explique clairement qu'il n'y a pas moyen de refuser par ce que ça serait offenser la personne qui nous propose le verre. Tu m'étonnes que ça finisse tôt les mariages ici !! Perso, au bout de 3/4 d'heure je sens déjà que j'ai largement ma dose et je décide de fuire au plus vite la fête histoire de préserver mon foie. Ces gens sont fous...

Bon, après ce petit imprévu et vu que j'ai les jambes en coton, je ne me sens pas forcement d'aller pédaler sous le soleil tropical. Je décide donc de simplement me balader un peu en direction des villages les plus proches. Un peu plus tard, un peu plus frais, après avoir marché plusieurs heures au hasard des mini ruelles de petits villages connexes ou grouillent les poules, les enfants, les fleurs et un sacre bordel plein de joie, je me dis qu'elle est quand même pas mal la vie...  

Nouvelle soirée, nouvelles rencontres. Un suédois, les 2 anglaises du matin plus un 3ème (tiens lui aussi en chemin pour un an) et un australien qui sort de je ne sais où. Encore une fois un sacré bordel culturel, encore une fois, une belle soirée.... Dernier jour prévu à Luang Nam Tha. Cette fois-ci j'ai quand même décidé de me bouger un peu et me voici sur les chemins en terre avec ma magnifique bicyclette premier cris (pour une fois je n'ai pas un truc croulant !) Je me fais une journée vadrouille de villages en villages, à voir la vie de tous les jours ici, travaux des champs, bricolage en tout genre, avec encore une fois, cochons, canard, constructions en bambou, paille et bois, accueils chaleureux ou moins (ici les enfants fuient en courant dès que je commence à sortir mon appareil photo, donc je décide de lâcher l'affaire...). 

Départ le lendemain pour Huay Xai, en bordure de Thailande. L'idée première était d'y aller en bateau, mais après avoir entendu tellement de gens déçus du voyage, je décide de lâcher l'affaire. En bateau, 2 options : le "slow boat" qui met deux jours et dans lequel on est complètement à l'étroit, tout le monde pétant les plombs au bout de deux heures et le "speed boat", qui met quelques heures et qui vraiment fonce à coup de moteur surpuissant. A priori, très souvent le bateau se retourne et il y a des morts chaque année... Entre la peste et le choléra, je décide donc de prendre le bus, même si j'aurais le droit moi aussi à quelques frayeurs et a des évacuations catastrophes quand le bus cale dans des pentes un peu trop raides...

Une dernière traversée du Mékong et (snifff !) le Laos c'est fini. Me voici en Thaïlande et ça saute aux yeux, je suis bel et bien de nouveau dans un autre monde...

Publié dans Le monde d'Edena

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Carotte 01/02/2007 09:51

magnifique.Je ris bien de l'entretien professionnel en plein nulle part...J'attends avec impatience ... la suite...!