Ecoutez le pousser...

Publié le par Léonard Jaillet

Dans le bus pour Luang Prabang, je fais la rencontre de Matthew, un canadien très cool de 23-34 ans qui veut devenir reporter. Il vient de passer un an en Corée, veut voyager plus de 6 mois en Asie, avant d'aller en Australie et en Russie... Pendant le trajet on se prend un gros flip : le mec qui est juste devant nous cache sous son manteau un fusil mitrailleur ! Bon, restons zen. Que faire si on se fait braquer ou prendre en otage ? Discrètement, je prends la moitié du liquide que j'ai sur moi et je le planque dans mon calcif !! Quelques jours plus tard, on aura  l'explication la plus probable : comme il existe encore des "tensions" violentes entre l'ethnie Hmong des montagnes et  l'état et que cette route était la cible principale des attaques "terroristes", il y a toujours un flic en civil qui fait le trajet armé. Bon ça calme un peu tout ça dans ce pays qui a l'air si "peaceful".

Arrivée à Luang Prabang. Apres avoir trouvé une chambre à partager avec Matthew, on s'attaque le lendemain à la visite de la ville. Ancrée au milieu de la foret, avec sa petite colline, sa petite rivière (ah c'est le Mékong ? Tiens ça faisait longtemps...), Luang Prabang est particulièrement agréable. Touristique mais pas trop, un superbe marché de nuit où il est facile de repartir les mains pleines, de jolis petits temples (wats) et une vraie vie culturelle. Ici, on sent aussi particulièrement  l'influence française qui rappelle que le Laos a fait partie à un moment donné de l'Indochine...

Pendant la visite du palais présidentiel, on tombe sur Guillaumar et Suzanna qui viennent eux aussi d'arriver. Le soir, nous voila tous les 4 dans une petite gargote à goûter le buffet végétarien, les poissons sur le grill et les mini beignets à la noix de coco... Le lendemain, on décide avec Guillaumar et Suzanna d'aller voir une cascade aux alentours, alors que Matthew un peu crevé préfère se reposer en ville. Journée très sympa tous les 3, après un joli tour en tuk-tuk. Et à l'arrivée, même si la chute d'eau n'est pas ce qu'on pourrait appeler une tuerie, on peut dire qu'elle valait quand même le détour (et l'eau des bassins en dessous dans lesquels on se baigne est particulièrement limpide). Le soir, on se retrouve de nouveau tous les 4 et après une soirée de nouveau à flâner autour du marché de nuit et à grignoter sur des stands de nourriture, on décide avec Guillaumar et Suzanna de monter dès le lendemain un peu plus haut dans le nord du Laos, alors que Matthiew préfère rester un peu. Le soir, je bouquine les "tintin en Irak" et "tintin en Thaïlande", contrefaçons que Matthew a dégoté en Thaïlande. Un régal...

Nous voila donc partis tous les 3  au nord dans les montagnes. Apres un trajet relativement calme (à peine une panne de quelques heures), on arrive à Nong Khiaw, un village un peu paumé. De là, on prend un bateau en direction de Muang Ngoi Neua, autre petit village en bordure de rivière et justement accessible uniquement par bateau (donc encore plus paumé). Arrivés enfin à destination, un petit bonheur de tranquilité. Des petits bungalows en bordure de rivière, l'électricité uniquement en soirée, un peu à la Don Det, mais un peu moins de touristes, le pied. Et surtout les gens zens, super zens. Il y a un proverbe que j'aime beaucoup qui dit : "le vietnamien plante le riz, le cambodgien le regarde pousser et le laotien l'écoute pousser." Ici, ce genre de phrase prend tout son sens...

Là-bas, on tombe sur 2 français qui finissent 11 mois de tour du monde (qui me convainquent définitivement qu'un jour il faudra que j'aille en Amérique du Sud), 2 autres français qui commencent leur voyages de 3 mois, un couple d'anglais (le mec est un jeune cinéaste très intéressant fan de David Lynch) . On se retrouve donc 9 à la table, ce que je n'avais pas vu depuis bien longtemps. Et bien belle soirée ! Par dessus le marché, "mama", la patronne de la guest house nous sert généreusement "laolao" sur "laolao" (le tord boyaux local) ce qui aide à enflammer l'atmosphère. Finalement, quelques  heures plus tard, on se retrouve Guillaume et moi en bordure de village (presque au milieu de la jungle quoi !) à parler de plein de choses fondamentales, comme la physique des particules, l'amour et la qualité de la bouffe... et quand on décide de rentrer, on s'aperçoit qu'une des portes a été cadenassée, nous empêchant de rentrer chez nous ! Damn, nous voila à 2h du mat à devoir faire le mur, escalader deux barrières (attention le bambou c'est fragile, trop tard, crac), à piétiner délicatement quelques plantations pour arriver enfin, sains et saufs dans nos respectives humbles demeures. Saufs que ?… en rentrant dans mon bungalow, une dernière épreuve m'attend : je tombe nez à nez avec une araignée taille XXL, qui n'attend que le moment où mes yeux seront fermés pour venir me dévorer tout cru. 20 minutes de lutte acharnée pour enfin vaincre la bête et pour me laisser aller à dormir... d'un oeil...

Le lendemain, comme Suzanna est malade, je reste avec le petit couple à farnienter près des bungalows. On apprend au passage que notre escapade nocturne a été repérée par la police (hein ?! quoi ça existe ici ??) et que l'on nous rappelle gentiment qu'un couvre feu a lieu à partir de 23h. Alors là je tombe sur le cul. Il parait qu'a priori il y a un couvre feu de toute façon pour tout le Laos à partir de minuit ,ais qu’ici c'est 23h. J'en suis encore par terre... Je profite aussi de cette journée pour faire le (rapide) tour du village. Une rue principale, 3 poules par habitant, une atmosphère ultra paisible même si un peu partout, on trouve en déco des restes de bombes américaines...

Le soir, sans que ça soit la panique, l'état de Suzanna s'est plutôt empiré (elle se paye le luxe de vomir de mon bungalow !) et donc Guillaumar décide de faire appel au médecin local. Et bien contre toute attente, franchement pas mal du tout. Le gars passe presque toute la soirée au chevet de la malade et nous explique comment il faut avant tout soigner la déshydratation. " 2 solutions : 1st, medecine and 2nd, if medecine doesn't work, injection". Seringues stériles en cas d'injections, bon, le tout a l'air très professionnel, pas de quoi paranoier.

Le lendemain ça a l'air d'avoir fonctionné et comme ça va mieux, on part donc tous les 3 en balade avec comme destination finale un tout petit village de 300 personnes perdu au milieu de nulle part. Sur le trajet, très beaux paysages de campagne, champs de blé, muffles (buffles ?) et petites rivières à traverser à gué. Le village, super "primitif", est vraiment très chouette à voir. tout en bois et paille, plein de gamins et d'animaux de partout. Là-bas, j'ai le droit à une super discussion avec le propriétaire du "resto" ou l'on va manger. Il nous explique le fonctionnement du village (ce qui nous confirme dans le fait que celui-ci est bien coupé du monde : certains n'ont jamais vu de voiture par exemple) et me montre aussi sa fille de 5 ans qui a l'air en bonne santé mais qui ne marche ni ne parle. Il m'explique comment il est allé voir des médecins à Luang Prabang (qui à ses yeux est à l'autre bout du monde), mais que ceux-ci qui d'après lui ne sont pas très bons, lui ont juste dit que sa fille devrait marcher à 7 ans et qu'ils ne pouvaient pas savoir si elle allait parler un jour. Finalement il projette peut être d'aller voir un médecin à Ventiane (la capitale) quand il en aura le temps et les sous, d'ici 6 mois-un an... Pour le coup on se sent privilégié...

Le soir, c'est encore une belle petite soirée avec les 2 jeunes français restant et avec Madalenna et Alberto, 2 italiens qui se joignent à nous et que j'allais revoir un peu plus tard.... Bon cette fois-ci on te prévient mama tu ne nous auras pas : un verre de laolao mais pas 2 !

Publié dans Le monde d'Edena

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Carotte 01/02/2007 09:57

Je veux un Tintin au Laos!