Ho Chi Minh, pour le meilleur et pour le pire

Publié le par Léonard Jaillet

Arrivée à Ho Chi Minh, anciennement Saigon à 4h30 du matin, réveil difficile. A part les quelques personnes bourrées qui sortent de boîte, les rues sont vides. La guest house que j'ai repéré se trouve dans une petite ruelle qui devrait être LA ruelle à guest houses, mais qui pour le coup, dans ces heures brumeuses, a tout l'air d'un petit coupe gorge. Des jeunes qui à mon avis sont complètement défoncés passent en moto à coté de nous et nous proposent un hôtel pas cher. Non, sans façon. Une des filles s'affale à moitié sur nous. On trace. Ils nous passent devant en moto et histoire de finir d'être désagréables nous bousculent un coup en se marrant.

Bon, ça commence bien. Faut dire aussi que la nuit dans le bus a été rude et qu'on est crevés. On lutte pour trouver un hôtel. Pas facile de refuser une chambre quand t'as réveillé le gardien pour la visiter. Finalement, on trouve un hôtel plutôt miteux...  Enfin c'est plutôt ma chambre que la notre : Paul en profite juste pour finir la nuit mais a un autre plan pour les nuits à venir : il a contacte des gens via  CouchSurfing, un système qui en gros, permet de mettre en relation les voyageurs avec ceux qui aiment recevoir des voyageurs.

Apres avoir dormi quelques heures, Paul file chez Will est Kelly, ses couchsurfeurs. Moi je tue un cafard gros comme le pouce et replonge histoire de récupérer quelques unes des nombreuses heures de sommeil manquantes. Notre rythme infernal commence à se faire sentir...

En début d'aprèm, je retrouve finalement Paul qui a passé la matinée avec ses nouveaux amis. Ce sont des texans super sympa venus habiter ici pour quelque années. Branchés, décalés, profs d'anglais et surtout musiciens (leur groupe bientôt celebre : Killywell). Apparemment, être prof d'anglais à Ho Chi Minh permet de gagner vraiment bien sa vie (y a qu'à voir leur baraque) tout en gardant beaucoup de temps libre. Bon ça donne des idées, je me renseigne : un prof de français gagne parait-il un peu moins mais quand même, c'est tout à fait raisonnable avec un vrai confort de vie. Intéressant...

Paul et moi on passe notre première journée à faire une petite visite de la ville et de ses musées (Réunification Palace, Ho Chi Monh City Museum, Fine Art Museum...) Au passage, on remarque que l'on retrouve ce bon vieux flot incessant de motobyke que l'on avait un peu oublié depuis Hanoi. A vrai dire c'est même pire ici. Deux, trois jours plus tard, un guide nous donnera quelques chiffres : à Saigon, 2 à 3 millions de motos pour un peu plus de 7 millions d'habitants. Plus de la moitié roulent sans permis. Ca donne aussi entre 5 et 10 accidents mortels par jour...

Le soir, on part tous les 2 dans un resto conseillé par Will et Kelly. Là-bas le spécial, c'est le flying-rice. C'est simple, c'est un truc de fous ! Et ça va vite ! un serveur amène le plat : du riz dans une sorte de pot en terre cuite. Il le pose sur une assiette, fracasse le pot et avec l'assiette balance le riz huit-dix mètres plus loin, qu'un serveur réceptionne dans une autre assiette. On imagine facilement qu'il a dû y avoir de magnifiques loupés... Alors pour quoi faire me direz-vous ? La version officielle veut que de cette façon le bloc de riz se brise harmonieusement dans l'assiette "réceptionneuse". Bon je reste sceptique sur la chose, mais quel show !

Le lendemain, on s'embarque dans un nouveau tour au départ de Saigon. Deux attractions : le Caodai Great Temple et les Cu Chi Tunnels.

D'abord pour le temple, je cite : "le Caodaïsme est une secte fondée en 1926 par Ngô Van Chiêu, modeste fonctionnaire de l'administration française. Ngô Van Chiêu eut une révélation de l'esprit de Cao Dai qui se manifesta à lui sous la forme d'un grand oeil ouvert. Ce culte monothéiste est un syncrétisme surprenant de presque toutes les religions du monde.
Le Saint Siège de la secte est établi à 4 km de Tây Ninh. Ce site est très récent, sa construction débuta dans les années trente. Son intérêt historique est limité, cependant nous estimons qu'il représente un véritable chef d'oeuvre extravagant de l'art kitsch. Il provoque la curiosité des nombreux touristes qui visitent ce site, allant parfois jusqu'à la fascination de certains..."
Effectivement, moi je fais partie de la catégorie des fascinés ! On arrive là-bas en pleine messe. Costumes de couleur vive avec grands bonnets. Si j'ai bien compris, le rouge pour ceux qui se rapprochent des musulmans, le bleu pour ceux qui sont affiliés au christianisme et le jaune pour les bouddhistes. C'est pas compliqué ! Décore incroyable, où apparaissent animaux sauvages et personnages sacrés inconnus au bataillon. Le tout à la fois si proche et distant de toutes nos références religieuses, et par dessus tout ça, une musique lancinante.  Et puis il y a cet oeil, cet enorme oeil au centre d'un triangle qui projette des raies de lumières. Si on a lu Twenty century boy (ce que je recommande vivement a tout le monde !), comment ne pas penser à "Ami"... Caodai, délire d'enfants ou vaste complot contre l'humanité ??

Puis ce sont les Cu Chi Tunnels. Plongée dans la guerre du Vietnam. Ces tunnels construits par les Viet Minh et qui s'étendaient à l'époque sur une quarantaine de kilomètres servaient d'abrits et de moyen de communication pour faire face aux troupes françaises puis américaines (entre 1965 et 1968, plus de 1 400 000 tonnes de bombes sont larguées sur le Vietnam !) . Dans ces galeries, tout une vie s'était créée, avec cuisines, salles de cinema, chambres... Les gens pouvaient y passer des mois, certains y sont même nés... (pour ceux qui veulent en savoir plus : ref1, ref2). Au dela du cote fascinant de visiter ces galeries où il fait bon ne pas être claustrophobe, on voit aussi sur le site les armes de l'époques, pièges utilisés et de petites mises en scène expliquant le fonctionnement de la vie de tous les jours là dedans. Efficace.

Face a ça, la réaction du touristes moyen est plutôt consternante. On se bat pour être le premier à être pris en photo devant un tank de l'époque, on rigole de l'ingéniosité des pièges places dans la forêt (ha-ha oui, ouille-ouille-ouille, ça devait faire mal...) et si on y met le prix, on a même le droit à une petite séance de tir avec les armes d'époque. A se demander s'il n'y a pas une certaine forme de nostalgie...
Le guide qui nous accompagne par contre est génial. Tout au long du périple, il nous décrit des images de son enfance, comment gamin innocent, il aimait aller se baigner dans le Mékong avec ses potes. Il nous raconte aussi comment la guerre l'a fait grandir trop vite, comment il s'est retrouvé à craindre pour sa vie jour et nuit. Il nous explique les yeux qui brillent comment il aime la vie les gens et comment un jour, grâce aux moyens de communication modernes, les peuples du monde sont amenés à se rapprocher et à vivre en paix. Pour lui, c'est mathématique ! Un régal.

Nouvelle journée. Cette fois-ci, nous partons toujours Paul et moi (et la dizaine d'autres qui ont choisi la même excursion) pour 2 jours sur le Delta du Mékong ! Balades en bateau sur un des principaux bras du fleuve, puis petite pirogue qui permet de nous enfoncer cette fois-ci dans un véritable labyrinthe de mini canaux qui entourent pleins de petites îles. Le spectacle est encore une fois magnifique et l'on découvre aussi tout une vie autour de ce fleuve mythique... Le midi, on s'arrête sur une de ces îles pour manger. Là, on commande un poisson au doux nom "d'oreille d'éléphant et qui va être spécialement attrapé au filet sous nos yeux ébahis, avant d'aller le faire cuire. Petit délice. Visite d'une fabrique de bonbons à la noix de coco et de nouveau, plongée au coeur du labyrinthe...

Le soir, on se fait emmener (un couple d'espagnols, une allemande et nous) pour aller dormir chez l'habitant en bordure de fleuve. Petit trajet en moto à moitié nautique, vu que les rues sont largement inondées, comme il a beaucoup plus le matin. Bon ici personne ne semble s'en étonner... De nouveau, trajet en bateau le long du fleuve, cette fois-ci de nuit. On entraperçoit la vie des gens qui logent dans des baraques donnant directement sur le Mékong et où ici, la pirogue remplace la motobyke. c'est génial. Pour rajouter un peu au spectacle, des lucioles illuminent les arbres. C'est Noël !

Arrivés chez la famille, on se rend compte que les lits prévus pour nous sont vraiment au milieu du passage, juste à coté de la télé centrale. On nous annonce aussi que la famille va se coucher tôt et que le propriétaire malade, est déjà au lit ! Bon, on opte finalement pour la solution plus safe qui est de dormir dans les bungalows juste à coté et qui donnent directement sur le Mékong. Dîné plein de bonne humeur tous les 5 dans une petite cour chez nos "proprios". Encore du poisson éléphant, trop dur ! Un gamin qui habite ici vient papoter avec nous. Il nous explique comment il vit ici chez son oncle, qui grâce au  tourisme et à ses bungalows touche suffisamment d'argent pour lui permettre d'aller à l'école et même d'avoir des cours particulier en anglais. Le rêve de ce petit gamin de 7-8 ans : bosser dans le tourisme, évidemment !
Plus qu'à boucher les trous de la moustiquaire locale parce qu'ici les bébêtes ont l'air particuierement en forme (non, non, je ne prends pas de traitement anti-palu) et au lit.

L'attraction principale du deuxième jour ce sont les marchés flottants. Voilà, tout est dit : un marché, mais sur l'eau, où l'on se balade de bateau en bateau pour aller faire ses courses. En chemin, une vaisseau pirate nous aborde. C'est une mamie qui vient nous vendre du Pepsi. Aux armes moussaillons ! Sinon sur chaque bateau en étendard, les fruits et légumes qui servent de repère pour savoir quels sont les différents produits proposés. Exotique, coloré : pittoresque.

Retour à Saigon. Paul assisté par Kelly fait ses derniers achats avant de repartir déjà pour la Suisse. Encore une petite soirée avec eux et hop, après des adieux plein d'émotion, je me retrouve de nouveau tout seul, pour la première fois depuis bien 3 semaines ! Bon, je décide de calmer le jeu et de me poser un peu à Ho Chi Minh histoire de récupérer un peu et  bloguer (et oui !). Je me trouve au passage dans une chambre quasi donnée, au centre d'un réseau de micro-ruelles cachées, au coeur de la ville (l'important, c'est d'avoir confiance !).

Quelques jours à ne pas faire grand chose, simplement à aussi goûter un peu à l'univers nocturne de la ville. Ici, la nuit, les chats sont loin d'être tous gris et pas besoin d'avoir beaucoup de nez pour sentir que drogues et prostitutions sont au pas de la porte. Il y a qu'a se laisser guider par les petits vélos qui arpentant les rues en secouant leur petit hochet.... La nuit c'est aussi dans les bars, les petits enfants entre 3-4 ans (sont pas au lit ceux-la ??) qui viennent tout mignon te vendre des chewing-gums ou autres conneries. C'est plus loin, cachée derrière un poteau, que l'on trouve la mère qui est là pour surveiller le deal et rediriger l'enfant vers la cible potentielle suivante...

Enfin avant de partir, je m'attaque finalement au plus douloureux : le musée de la guerre. Là pour le coup, on a le droit a du brute de brute. Les photos des soldats qui ramassent les débrits de corps explosés par les bombardements, les enfants complètement brûlés au napalm, les conséquences de la guerre aujourd'hui, avec ces corps déformés. Freaks en comparaison est un conte pour enfants... C'est affreux, terrible, c'est triste putain, putain c'est triste !

Voilà, à coté de ça, je continue mon petit chemin de privilégié. Je rencontre des français qui me racontent leur voyage. Au programme, fêtes, bars, alcool, drogue et quitte à faire de temps en temps, une petite pute...

Le jour suivant, un peu écoeuré, je quitte le pays... direction Cambodge !

Publié dans Good Morning Vietnam

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Benoît L. 19/12/2006 22:10

Alors ça, pour être kitch, c'est kitch !
Salut petit Léo.