Petit tour en nomade's land

Publié le par Léonard Jaillet

Un ainak, animal étrange et fortement poilu, mi-yak mi-vache, attelé à une charrette, nous transporte nous, nos bagages, 2 allemands et 3 guides mongoles. Apres avoir suivi un petit sentier sur quelques kilomètres, avoir traversé une rivière dont l'allure sonne étonnement "ardéchoise", nous arrivons à destination.

Un splendide 360 degrés de verdure. Au centre, une immense plaine et en périphérie de ce centre, nos premières Ger. Parce qu'en Mongolie on ne parle plus de Yourt mais de Ger. C'est comme ça (prononcer "guerre"). Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais le tout me fait penser à un décors de cinema. Au premier plan, 3 fois rien, 3 chevaux, 4 poteaux pour accrocher les chevaux, un vieux poêle. Au loin, des collines vert pastel. Sinon une immense étendue d'air, d'espace, de rien.

Ca fait du bien de se sentir complètement plongé en pleine nature. Faut dire qu'on a finalement mis pas mal de temps pour arriver là. Le matin, 3-4 heures d'attente avec Joël pour monter dans le bon bus. Décidément, les mongoles et les horaires, c'est pas ça. Et encore, il s'en est fallu d'un poil qu'on le loupe, ce bus. Heureusement qu'on est tombé par hasard sur cette nana anglaise responsable d'une guest-house qui nous a expliqué que non-non, on attendait au mauvais endroit, le bus passant juste en dessous de sa guest-house, c'est a dire un coin de rue plus loin et que si-si, le bus partait dans quelques minutes. Départ en fanfare, donc et dans le bus, rencontre furtive de 2 français très sympa Pierre et Tony, qui partent comme nous vers Terelj, mais qui eux y vont pour faire un peu de trek à pied.

Nous voilà donc à quelques kilomètres de Terelj, face à nos guides nomades, pour une excursion de 4 jours et 3 nuits avec au programme cheval, cheval cheval. Le décor est sublime et les nomades sont habillés pour la plupart en costumes traditionnels. Pas pour la frime, mais parce que c'est leurs vrais habits. C'est, beau, je mitraille.

Dead et moi essayons de mettre au point tant bien que mal les détails de notre excursion avec nos guides. Ca donne quelque chose comme :
- Est ce qu'on passe la 4ème nuit dans cette ger ou dans celle d'avant?
- Yes.
- Non, mais CETTE ger ou CELLE-LA (avec petit dessin à l'appui)
- ahhhh,  yes, yes.
Bon, c'est le seul qui parle anglais alors on fait avec. Finalement on met nos affaires dans un gros "sac à bas" que va transporter un de nos chevaux. On nous met sur nos dadas et hue, c'est partit !

Ah oui mais non. C'est pas parti.  C'est pas si simple que ça. Malgré un beau hue endiablé et un joli coup dans les flans de ma monture, je vois Dead et le guide tirant le cheval de bas s'élancer au loin, alors que moi, scotché comme pas 2,  je fais du sur place. Grand sourire aux nomades de la ger. L'important dans ces moments, c'est de rester digne...

D'abord, première erreur, je ne le sais pas encore mais "hue" en mongole, ça se dit "tcho", ou plutôt cho, chao, tcho, chou, chwaou. Ca se decline suivant le cheval, le cavalier. On pourrait croire qu'on s'en fout, mais si tu le dis pas exactement de la bonne façon, si tu trouves pas la bonne intonation, il décolle pas ton cheval. Bon, je suis pas calé en dada mais je comprends vite que les chevaux ici ils marchent beaucoup à la voix. Et puis ici, le coup dans les flancs ça a pas l'air de terriblement marcher. C'est pour ça que les mongoles préfèrent donner des coups de lanières ou des coups de bâton. Mon guide va donc me chercher un bout de bois et va falloir que je donne des bons coups sur les flancs de ma monture (pas trop quand même, je suis pas une brute, hein!) pour finalement avancer. Mais alors doucement, doucement...

Encore une fois, je ne m'y connais pas en cheval et je passe toute la balade à me demander si c'est moi qui comprends rien à la chose ou si c'est mon cheval qui est une grosse mule. Notre guide donne le rythme, avançant régulièrement au pas soutenu, sans ce retourner, s'arrêter. Dead suit, avec de temps en temps un petit trot pour rattraper le cortège. Moi je suis loin, loin derrière, mon cheval avançant tellement mollement au pas... du coup toutes les 30 secondes je me paye un trot de 3 minutes pour rattraper tout le monde. Et la selle est un vrai tape cul, sinon ca ne serait pas drole. J'en bave donc pas mal, heureusement, autour de nous des paysages magnifiques défilent, ce qui m'empêche de trop me plaindre. Toutes ces grandes étendues, ça me fait inévitablement penser au Seigneur des Anneaux, au Rohan. Avec le soleil qui cogne ferme, je vois aussi quelques bonnes vieilles images de Lucky-Luck sur son bon vieux Jonhy Jumper. Finalement, seul en queue de cortège, je suis un peu ce "poor lonesome cowboy...". Dead lui a l'air vraiment de prendre son pied. A un moment il part complètement tout seul galoper dans les champs et revient un peu plus tard complètement exalté, euphorique. " C'est incroyable Léo, ce sentiment de liberté, l'impression de voler dans le vent, de faire corps avec mon cheval, une pure communion, jouissance..." j'entends pas la suite, je suis déjà distancé. Allez, tchooooo canasson, montre un peu que t'es pas aussi mou que t'en as l'air !

En fin d'aprèm, on arrive a destination. Une espèce de ferme perdue au milieu d'une plaine et derrière quelques arbres, puis des collines verdoyantes. Un peu des Pyrénées, un peu des Vosges, une pincée d'Ardèche et le tour est joué ! Au milieu de la ferme, les petits chapiteaux, les gers de nos hôtes nomades. Ici, l'hospitalité locale veut que quiconque qui reçoit se doit d'offrir à boire et à manger à souhait, quelle que soit l'heure de la journée. En fait, on va découvrir au fil du séjour, que les nomades ont tendance à te proposer du "rab" de boissons et de nourriture temps que tu ne leur dis pas stop. Ca peut aller loin ces histoires. Heureusement, on troque cette fois-ci l' "airag", ce lait de jument fermenté, pour du thé au lait. Ca passe beaucoup mieux. Un peu plus tard, on nous propose de planter la tente à coté de la Ger principale, juste un peu à l'écart, tranquilles, l'occasion de faire le bilan de la journée. C'est quand même chouette, on va pas se plaindre, on est dans un lieu magnifique et dépaysant, les nomades sont juste là, sous nos yeux  ! Mais j'ai vraiment le cul en feu et une dent contre ce maudit canasson. J'ai la tête qui cogne et soif, mais alors soif comme c'est pas possible et il me faudrait de l'eau parce qu'avec ce thé au lait, j'ai toujours l'impression d'être déshydraté, même après 5 bols. Bon j'ai pris un coup de chaud, je m'écroule dans mon duvet. Dead à cote de moi est à mille lieues de mon calvaire et exalte, profitant pleinement de ce lieu qui le mérite.

Le soir, je me réveille pour manger le plat local auquel on va avoir droit pendant les 4 jours (mais qui est ma fois pas mauvais) : une soupe qui cale bien, avec pâtes, viande et patates. Bon ce soir j'ai soif et pas faim. Impossible d'avaler 2 bouchées. L'hospitalité passe donc un peu à la trappe. Heureusement, on est tout seuls (on mange tous les 2 près de la tente), je vais donc pouvoir refiler discrètement le reste de ma bouffe au chien qui lorgnait mon repas depuis un moment. Le pauvre qui s'attaque au butin, va se prendre un joli savon par notre guide qui le prend en flagrant délit. Ca va pas la tête de piquer le repas des touristes ! Hop me voilà de nouveau avec ma pâtée, avec un peu de salive en plus...

Le soir, les ados galopent à tout va pour dégourdir leurs chevaux qui ne se sont pas suffisamment défoulés avec nous, et pour regrouper les différents troupeaux. Tard dans la nuit, on les entend encore se faire des courses à plein galop. Au petit matin, c'est ce même bruit des ados en plein galop, qui nous réveille. Ils sont vraiment tout le temps sur des chevaux ! T'as beau savoir qu'ils sont connus pour ça, quand tu le vois en vrai de vrai, c'est impressionnant. En plus au galop ils sont tout le temps debout sur leurs étriers, à chantonner des airs traditionnels mongols. Ca en jette à donf !

Nouvelle journée, nouvelles sensations. Le lendemain, nous faisons une nouvelle balade mais cette fois-ci, Dédé et moi échangeons de chevaux et... je  comprends tout ! Canasson est vraiment un boulet. Mon nouveau cheval réagit cent fois mieux à mes paroles, mes jolis "tcho" et à mes petits coups de talon. En plus la selle est russe et non pas chinoise comme celle d'hier, et je découvre qu'on peut faire du cheval sans se taper le cul. Je profite donc pleinement de ma journée pour admirer les paysages qui cette fois-ci tendent vraiment vers le "type ardéchois", avec en prime, la petite brise qui casse un peu ce soleil de plomb. Cette fois-ci, c'est Dead qui se retrouve à l'arrière et c'est clair, même s'il prend dans les premières minutes, la choses avec philosophie, il finit vite par virer marron et péter les plombs : "J'en ai marre, ce cheval est  complètement déprimé, il doit être gravement malade, sont cons de le refiler aux touristes, faut leur dire à ces nomades..."
Finalement en fin de journée, Dead explique a notre guide le petit soucis psychologique de notre cheval, ce sur quoi celui-ci lui propose de faire l'échange avec son propre cheval pour les derniers mètres qui nous ramènent a la ger. Et voilà notre guide qui démarre en trombe et fonce au galop en 2-2 avec ce vieux canasson. Il arrive au camp, et sitôt descendu nous regarde en riant : "mais non, il va tres bien ce cheval !" Dead et moi on a un peu les muscles de la mâchoire qui se relâchent devant ce "miracle". P'tain sont vraiment forts les bougres !

3ème journée de dada, en direction de notre ger initiale. Dédé prend le bon cheval et moi je troque vieux canasson contre le "péteur", notre cheval de bas qui a la particularité d'avoir un évident problème d'aérophagie. Décidément, on a du mal à être tout les 2 en même temps dans une bonne phase Dead et moi (sur cette excursion !). Même si c'est nettement mieux qu'avec vieux canasson, même si on va passer une bonne moitié de la ballade à la même hauteur (tiens, ça fait bizarre de réussir à se parler sur un cheval), je vais quand même avoir ma petite rage finale, quand 2 kilomètres avant la fin (mais moi est ce que je sais qu'il ne reste plus que 2 kilomètres ?), je me retrouve complètement distancé, seul et pas un guide ou un Dead pour m'attendre. Et comment je le retrouve mon chemin moi ?! Bon, je mets 10 plombes pour faire les derniers mètres, mon cheval ralentit de plus en plus et je finis au bercail, les dents un peu serrées. Conclusion, c'est pas si évident que ça de faire du cheval. Parait même qu'il y en a qui prennent des cours...D'autres naissent dessus....

Le soir on va s'allonger près d'une rivière pour bouquiner (Dead va même faire trempette un petit coup histoire de) . D'un coup, 3 jeunes mongoles d'une vingtaine d'années, qui ont clairement un coup dans le nez viennent nous voir. D'abord ils jouent a la lutte mongole entre eux, puis papotent 2 mots avec nous (sont toujours morts de rire) et puis proposent de faire de la lutte mongole. 'Fin bon, je suis debout, le mec vient me prendre par les epaules, j'ai pas le choix. Le gars torse nu a l'air tout sec et tout costaud, genre "élevé en plein air" et comme il a picolé, je me demande si il va vraiment contrôler sa force.
On est là tous les 2, face à face, dos courbés et les mains sur les cotés de l'adversaire. Au fait c'est quoi les règles de la lutte mongole ?
Le mec me prend un pied avec sa main. Du coup je retire mon pied et je sais pas comment, ça déséquilibre le gugus qui plonge tête première dans le sable. Bin voilà, l'a son compte c'ui la !
Maintenant, c'est son pote qui veut s'y mettre. Un, deux hop c'est parti, nous revoilà épaule contre épaule, le dos courbé. Le gugus essaye de me renverser sur le coté mais je lui donne un petit coup sur la jambe qui le fait se planter dans le sol. France 2, Mongolie 0. Bon bin, voilà, sont faciles à prendre les mongoles quand ils ont un gros coup dans le nez. Eux sont complètement morts de rire et proposent de recommencer. Point trop n'en faut, ils risqueraient de décuver. On file.

Dernier jour d'excursion et là, c'est vraiment une super journée. Nouveaux chevaux, pas de programme de balade vraiment prévu, juste livrés à nous même et donc pas de guide pour nous mener à un train d'enfer (au pas certes, mais un pas trop rapide pour nous, alors faut pas rigoler). D'abord la journée commence bien parce qu'au repas, on a le droit a des grillades, ce qui change de cette soupe aux pâtes. Ensuite, on va aller voir des gars faucher leurs champs à la faux, comme des vrais. On passe un petit moment avec eux. Bon, là ça fait un peu piège à touriste quand on te dit de prendre ton appareil photo, avant même que tu y aies pensé, mais suffit de fermer les yeux la dessus et ça passe très bien. Et au final c'est assez impressionnant. Efficace une faux, y a pas à dire. Enfin, Dead et moi allons passer le reste de l'après-midi à faire du galop dans les champs, à se refiler de nos deux chevaux, celui qui fonctionne bien, plutôt nerveux et qui démarre au quart de tour . Là c'est vraiment le pied. Je me fais mes premiers galops en solo au milieu de la plaine, à ne m'arrêter que quand j'ai l'impression que je vais glisser de la selle ou que je suis arrivé de l'autre coté, au pied de la colline. Je me déchire jusqu'à l'épuisement sur la bête et c'est génial ! En fin de journée Dead et moi on décide de se faire une petite marche tous les 2 en amoureux, afin de grimper en haut d'une colline. On en a parfois un peu bavé mais on a passé de vrai beaux moments dans ces plaines. On chante des chansons à la con, mi-russes mi-mongoles, on imite pâlement les chants des nomades. On est bien. Dernière vue sur cette mer immense, toute de vert. Hop on redescend de la colline (et non pas à cheval pour une fois) et vite, vite en voiture, parce qu'on nous attend déjà pour repartir à Oulan-Bator.

Et les nomades dans tout ça ? Et bien si j'en parle peu c'est que finalement on les a vu, mais finalement toujours un peu de loin. En fait, les soirs on se retrouve près de notre tente un peu à l'écart ou l'on nous apporte notre repas (les mauvaises langues diront que ça fait un peu bêtes sauvages...) . Sinon, on echange des sourires, on fait quelques signes internationaux d'ailleurs souvent incompris, mais surtout on observe. La mamie qui trait ses vaches, les chèvres qu'on laisse libres la journée et que l'on regroupe quand le soleil commence à se coucher. Le gosse de 5 ans qui coupe du bois à la hache pour se planter un petit piquet et attacher son cheval, la fille de 2-3 ans qui joue à traîner un cheval.
Et surtout, ces ados, gamins nomades toujours à fond, super musclés, toujours debout au galop sur leur chevaux, à chanter des magnifiques chants traditionnels caverneux, qui te prennent à la gorgent et puis tchooooooo ! c'est partit !
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