Oulan-Bator : havre de paix

Publié le par Léonard Jaillet

Broum-broum fait la voiture, cui-cui font les oiseaux. On est enfin en Mongolie et ça se sent. Rien qu'à la bonne bouille de ce chauffeur de taxi, à l'air complètement zen. Le russe est colérique, râleur ou hyper joyeux, chaleureux. Excessif en tout. Zen, jamais. Dead et moi on décompresse. Sur la  quinzaine de kilomètres de route, qui nous amènent a Soukhe-Bator, je dors mieux qu'au cours de ces 2 derniers jours. La nana qui fait la route avec nous me vend son amour pour le "saint-sauveur" chante des alléluia à la pelle. Elle va même nous proposer d'aller voir le grand pasteur qui passe sur la place de Soukhe-Bator à 19h. Un show inoubliable ! Oui, oui, bien sur, mais d'abord faut qu'on se renseigne sur les horaires de train compris ? Oui, bien sur que Jésus est mon pote. Bin quoi t'as pas vu la tête de Dead ? C'est pas de la gueule d'apôtre ça ? Bon, elle gonfle un peu à force mais ça va. On est en Mongolie, quoi, la vie est belle !

Gare de Soukhe-Bator. Nous sommes le 2 Août et il est à peu près midi. On avait visé d'être autour du 3 Août à Oulan-Bator, prochaine étape. Finalement on est pile-poile dans les temps ! Au guichet, on demande les horaires du prochain train. Pas avant 21h45 ! C'est le train qu'on aurait pu prendre d'Oulan-Oudé ! On aurait même pu le prendre d'Irkoutsk celui-là, sans se casser autant le cul. Certes, ça fait des souvenirs plutôt marrants, mais on est quand même un peu déçus, surtout Dead qui avait plus insisté que moi pour filer à chaque fois dans un train dès que possible. Moi ce que je vois, c'est qu'on est tranquilles dans cette gare (10 fois plus sereine que Naouchki), qu'on a passé la frontière sans encombre et qu'il y a un petit kiosque où l'on peut enfin acheter de quoi boire et manger. On se fait un petit festin en payant avec nos premiers "togrogs", tout fraîchement convertis. (1400 togrogs, un euro. Faut s'y faire...) Moi j'en peux plus et je n'en finis pas de décompresser, je m'endors comme un sac dans sur les sièges (confortables ceux-ci) de la gare.

Réveil en douceur. Tiens, une petite mongole, 3-4 ans pas plus, joue avec mes cheveux... Autour de moi deux autres gamins de 7-8 ans grignotent des gateaux que Dead a filé. En fait, les 3 enfants et leur mère doivent filer en taxi vers Oulan-Bator et le chauffeur qui a entendu qu'on voulait aussi aller là-bas propose de nous emmener. 10 000 T pour y aller, c'est vraiment pas cher. Il nous dit qu'on y sera dans 3 heures, alors qu'il nous faut attendre encore au moins le double pour récupérer un train qui peut encore être plein. Y a pas à hésiter. Les gamins mettent nos sacs à dos comme s'ils les avaient toujours portés et filent à la voiture.

Dead et moi on est vraiment content de partir avec cette famille en voiture. En plus c'est vraiment à la cool. La mère et ses trois enfants, deux chauffeurs et nous, ça fait huit dans une bagnole pas si grosse que ça, mais les petits sur les genous et ça passe, tranquille ! Dans la voiture, on se rend compte qu'il y a plus de 400 km pour aller à Oulan-Bator. 3 heures de voiture ? Va falloir aller vite sur ces routes toutes défoncées ! Ah oui, mais Dead se souvient que Noemie lui avait dit de se méfier des Mongoles et de leur notion du temps. En fait, ils se foutent pas mal des horaires, durées, donc ils te disent un peu n'importe quoi pour se débarrasser. De toute façon, on est tout sauf pressé, donc pas de problème.

Le voyage est vraiment super paisible avec cette famille. On discute avec les moyens du bord avec les 2 chauffeurs et la mère, super sympa. Premier contact avec cette langue gutturale et accentuée, très loin du russe, même s'ils utilisent presque le même alphabet. A l'extérieur, un océan de vertes collines, avec de temps en temps, un troupeau de vaches ou un cavalier avec une dizaine de chevaux sauvages autour de lui. C'est vraiment magnifique. Petit détour pour aller voir un site chamanique. Sur les arbres, des quantités de tissus bleu se trouvent attachés. Des personnes sont déjà là, brûlent de l'encens et filent des biscuits a des pigeons idiots. Petite photo, hop, on file.
Plus loin, petit arrêt pour monter pour la première fois sur un cheval mongole, puis pour goûter la grande, l'incontournable spécialité mongole : le lait de jument fermenté. Ah ça, faut aimer ! Tu trempes le bout des lèvres, tu luttes pour que ton estomac ne se retourne pas et très vite, tu sens tes boyaux qui se plaignent, se tordent sous la douleur. Même les mongoles ça leur vide les tripes alors imagines, toi, pauvre frantsouziche élevé aux purées-jambons ! Finalement, les heures passent vite dans cette voiture et nous arrivons en soirée à Oulan-Bator.

Là, nous contactons Joël, le chef de Noemie, qui nous file ses clefs et nous emmène chez elle. Noémie est actuellement en excursion ou elle bosse comme guide et ne rentre pas avant une semaine. Enfin un lieu vraiment à nous où l'on va pouvoir se ressourcer (le passage à la frontière a quand même fait des degats). On explique donc à Joël que l'on va prendre 2-3 jours pour se poser et qu'on le recontactera pus tard, pour essayer d'organiser si possible un petit tour avant que Noémie ne rentre (Joël bosse avec Noemie à "Wind of Mongolia", une agence qui organise justement des excursions pour les touristes, notamment les français comme nous. Ca tombe bien non ?) .

Comme prévu, les 2-3 jours suivant sont beaucoup plus calmes que ceux qui précèdent. Découverte d'Oulan-Bator, ville un peu délabrée, de la taille d'une ville moyenne de France, genre Grenoble. Découverte aussi de la façon de conduire Mongole : Pas de feu, pas de ceinture, pas de priorité. Tu fonces et tu freines quand t'as quelqu'un devant toi et que t'arrives pas à te décaler à droite ou à gauche pour te frayer un chemin. A Oulan-Bator, en plus des bouches d'égout, tu as aussi les "trou d'égout", c'est a dire les  bouches d'égout sans plaque. C'est toi qui choisis. Ou tu les evites ou tu te prends pour Mario et ses tuyaux. En tout cas avec Dead on trouve ça carrément dangereux, surtout la nuit... En fait Noémie nous expliquera quelques jours plus tard : Y  a pas de plaque parce qu'en fait c'est l'entrée de gars qui habitent là ! Et oui, fait froid la nuit en Mongolie et les canalisations ça réchauffe... Oui, on a tendance à l'oublier mais la Mongolie est un pays sacrément pauvre. Si à Oulan Bator le salaire moyen avoisine les 80-100$, t'es plutôt autour des 30-50 a la campagne (si si, par mois...)

Avec Dédé on passe pas mal de temps à bouquiner, faire du net, circuler en taxis, à tester les restos à spécialité locale (tu manges facile pour 1 ou 2 euros si tu files pas tête baissée dans les lieux touristiques) et à chercher des "expressos" valables (pour changer de l'eau chaude à l'arôme café quoi). 2 jours de rien, ça fait du bien. Finalement on voit Joël qui nous organise hyper efficacement (merci pour la tente, les duvets, les matelas !) un mini-trip de 4 jours a partir deTeredlj, au Nord d'Oulan-Bator. Départ le lendemain avec au programme rencontre de nomades, cheval, yourte...(mouches ?!) Affaire à suivre !

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Augustin 18/08/2006 20:31

Genial !! c'est super de lire les histoire de votre periple exceptionnel !!
J'etais encore ce matin sur la place rouge et hier sur la volga, c'est dire si decouvrir tes photos me fait plaisir en rentrant ds la réalité maussade de la vie parisienne... J'adore la Russie !!!! Je veux repartir demain !!!
Et sinon, j'ai bien aimé l'expression genre Obelix: "ils sont fous ces russes", je me suis répété ca pendant dix jours... sans interruptions...
A bientôt