Vers la Mongolie dans un train d'enfer

Publié le par Léonard Jaillet

Oui je sais. Vous voulez savoir comment ça se passe en Mongolie, savoir si ce peuple grand et sauvage, vénérant le grand Gengis Khan est a la hauteur de sa réputation. Mais patience, fallait déjà y arriver en Mongolie, et ça, c'était pas du gâteau...

Nous voilà partis d'Irkoutsk à destination d'Oulan-Oude,  au sud-est du Baikal. Le train, pâle réplique de notre beau transsibérien qui nous avait amené jusqu'à Irkoutsk. Tout est un peu glauque ici. A coté de nous, deux gars. Le premier, une vingtaine d'années a l'air plutôt sympa, mais un peu space quand même, à mater ses photos érotiques sur son portable toutes les 2 secondes. Bon, il aime la musique (il joue du piano), aime "cluber", dragouiller la provodnitsa. Ca passe. Le deuxième, un bouriate au visage asiatique impassible est en fait lui, complètement fou. Il passe son temps à montrer à Dead les mini-films qu'il a sur son portaibeul-telefon et apparemment (moi j'ai presque rien vu, j'ai pu y échappé), c'est un best of des "meilleures" scènes de violence gratuite. Des mecs se font frapper, une nana tombe raide morte après s'être pris un truc dans la figure... Quelques scènes porno-crades parce qu'il faut pas les oublier celles-ci ! A chaque nouvelle horreur, le visage du bouriate s'illumine un peu plus. Pas si impassible que ça finalement.
Alors quand on apprend juste après que ce mec est flic, ça nous calme...
On va donc vite se coucher. Moi je suis en pleine cogitation cette nuit là. A ruminer plein de trucs (mais pas désagréables non plus les trucs), et les rares moments où je dors, ce n'est que d'un oeil, l'autre toujours rivé sur ce taré qui continue, pour s'endormir, à se mater ses super vidéos. Dead, lui se paye une grosse lecture de Dostoievski, l'objectif étant de finir le pavé avant le passage à la frontière. Forcément au matin, on est pas très frais. Dead surtout, qui s'est fait réveiller un peu tôt à son goût par la Provodnitsa. Du coup il m'annonce franchement la couleur : aujourd'hui, faudra pas trop le faire chier, c'est pas son jour. Bon, au moins c'est clair.

Arrivée à Oulan-Oude. Le gars de 20 ans que l'on avait vu dans le train nous a proposé de nous aider à nous rencarder pour le train suivant. L'objectif c'est si possible d'aller a Soukhe-Bator, juste de l'autre coté de la frontière, ou encore mieux, de filer direct jusqu'à Oulan-Bator, la capitale, bien plus au sud. En fait on est vite désillusionné : c'est un peu la merdouille ces horaires. Ceux qui nous intéressent ne partent que le lendemain et pour nous, hors de question de passer la nuit dans ce bled. On décide donc de prendre un billet pour Naouchki, petite ville toute proche de Mongolie. Ca nous rapproche c'est déjà ça. Après, on verra bien...


Comme ce train ne part que dans la soirée, ça nous laisse un peu de temps pour visiter Oulan-Oude. Bon, et bien elle est plutôt jolie cette bourgade, même si on en fait vite le tour. Au coeur de la ville, l'énorme tête de Lenine (la plus grande au monde) qui te fait te rappeler qu'ils font pas toujours dans la dentelle les russes. Avec Dead on prend des photos "concepts". Hop, je cache ma tete sous mon pull et je la remplace par celle de Lenine. C'est drôle ca ! Le KGB regarde avec de gros yeux mais ne dit rien... Un peu plus loin le petit quartier piéton avec la rue Lenina (ça change) qui fait très côte d'Azure avec ses arcades et ses petites boutiques. Manque quand même la mer... En bout de quartier, la très belle cathédrale Hodigitra.  Bon faut être honnête, on profite qu'à moitié de tout ça. Faut dire qu'on est bien fatigués tous les 2 et il fait une chaleur à crever. En plus, Dead n'a pas encore eu son café et un chien hargneux nous a filé une jolie frousse. Y a des jours sans... Finalement on va se poser tout l'après-midi sur un banc à essayer de récupérer, à se dire des conneries plus grandes les unes que les autres et à en écrire quelques unes, histoire de préparer nos futurs posts.

Départ en fin de journée pour Naouchki. Dans le train il fait une chaleur de folie et on essaye de dormir un peu, parce qu'on sent que la nuit en guest-house a Naouchki, c'est pas gagné. Dans le wagon, un russe bien pété gueule pendant  tout le trajet. En plus il a plutôt l'air d'avoir l'alcool mauvais le bougre. Pas facile d'être zen avec tout ça. Dead est plongé dans son bouquin. Moi je somnole et rumine. On arrive finalement à destination vers les minuit, pas très frais. (Dostoievski n'a pas l'air non plus d'être super apaisant) . Avec la chaleur, on pue aussi. Mais ça, étonnamment, mais on s'y fait vite. A la gare, on essaye de suite de se renseigner pour les trains suivants. Pas de doute, la nana de la caisse est à ranger dans la catégorie "peaux de vache". J'essaye tant bien que mal de demander quand sont les prochains trains en partance et elle, ne daigne même pas répondre. Un peu du genre "votre voix de misérable touriste ne m'atteint pas". Finalement, elle nous "explique" qu'il nous faudra revenir à 7 heures du mat, pour l'ouverture de la billeterie...
Mais nous on est gentils bordel ! Nous on voulait juste avoir un petit renseignement. C'est pas possible de nous prendre pour des ploucs pareils ! Bon, heureusement, on trouve une nouvelle alliée,  la "chef de gare", tu sais, celle qui fait les annonces quand les trains arrivent. Là, tout de suite, on sent plus de chaleur, elle prend le temps de nous expliquer bien les choses... Bin voila, un petit effort et ils sont super ces russes!

Bon ceci dit les nouvelles ne sont pas très bonnes. Le train suivant part aux alentours des 17 heures le lendemain, de quoi claquer de soif et de famine d'ici là (rien à boire ni a becter dans ce bled, pas même un distributeur). Sinon y a des cars, mais là, on comprend pas tout. Apparemment faut guetter les 7h du mat, pour acheter des tickets a la caisse. A moins que ce soit les cars qui débarquent à 7 heure . Et ils nous emmènent où les cars ? A Soukhe-Bator ou à Altanbulag, tout juste derrière la frontière. Bon c'est pas super clair, mais on y verra mieux demain. Là on est crevé. On met les sacs en consigne et hop, dodo.

Ah oui, mais dodo dans une gare c'est pas folichon. Dead choisit de s'affaler sur le sol de la salle d'attente. C'est moche mais efficace. Il a presque l'air de dormir parfois. Moi, trop consciencieux (comme toujours ?), je reste sur ces chaises-bancs en métal, inconfortables à souhait (chez d'oeuvre de design soviétique), qui te font vieillir en accéléré mais tout en te faisant trouver le temps si long...
A coté de nous, un gars passe des heures à jouer avec son portable (c'est décidément la mode) et teste toutes ses mélodies. Pas de doute, il le fait exprès le vilain. Une dizaine de chinois débarquent et s'agitent dans tous les sens. Ca ronfle, ça râle, encore une nuit sans sommeil...

Le matin, on se fait réveiller par la chef de gare, qui passe secouer tous ceux qui traînent dans la salle. On finit par comprendre que des cars vont bientôt arriver, mais pas facile de savoir pour où et quand. Première navette à destination de Kiakhta, à l'intérieur de laquelle se précipitent pratiquement tous ceux qui poirotaient là. Ah oui mais Kiakhta ça reste en Russie, ça. C'est pas là qu'on va nous. Hein Dead ? Bon, on laisse passer. Finalement un peu plus tard, nouveau bus a destination de Kiakhta. Là, on demande un peu mieux et "davaille davaille". Ce bus va à Kiakhta, mais à priori après à Soukhebator, de l'autre cote de la frontière. Contents de quitter Naouchki nous. Le bus se remplit à craquer et feu flamme on décolle !

On arrive très vite a Kiakhta (c'est en fait une petite ville juste à coté) et arrêts après arrêts, les gens descendent de l'engin qui petit à petit se vide. Finalement, dernier arrêt, on ne se retrouve plus qu'à 4 : le chauffeur, nous 2 et un gars qui a l'air d'être le pote du chauffeur. Mais bon pas de doute, quand on dit "Soukhe-Bator", le mec nous dit "da-da". C'est simple le russe ! Apres il rajoute plein de mots qu'on comprend pas.  Fioritures...

Le chauffeur s'arrête encore un peu plus loin et rentre dans la cour d'une baraque. Putain c'est quoi ce truc on est chez lui ! Il a l'air motivé et nous dit de rentrer. Bon, là, faut quand même avoir confiance. De toute façon, on a pas beaucoup le choix, on suit. Dans sa cour, il nous amène a sa voiture perso dans laquelle il nous "range". Soukhe-Bator ? Da... da...  et nous voilà repartis, cette fois-ci à 3. La route défile devant nous et finalement, on peut voir que l'on se dirige bien vers la frontière. Ca c'est bon signe. Arrivés, là-bas, devant les barrières de la douane, il sort nos affaires, nous fait comprendre que pour passer en Mongolie, suffit de faire de l'auto-stop avec les voitures qui sont là à attendre pour passer la frontiere. Il nous souhaite bonne chance et ciao. Bien... Bon... D'accord...

Heureusement, dans le Lonely, ils parlent aussi de ce moyen de passer la frontiere Mongole. Finalement on sait que ce n'est pas non plus n'importe quoi et que ça se fait. On file donc vers la voiture en tête de file qui a l'air d'avoir l'habitude de ce genre de service et qui nous fait grimper dans sa "charette". Parce qu'il faut voir la caisse ! Une belle épave toute démontable. Cherche pas à ouvrir le coffre tout seul mon gars, la portière te resterait dans la main. Dans la voiture y en a de partout. Des fringues, des pastèques... Sur le toit aussi, des pastèques, 2-3 sacs et  un pneu. Ca croule de partout, je l'aime cette voiture. Le mec est un peu speed et à priori la nana coté passager à coté de lui vient elle aussi d'être prise en stop.

Nous voilà au niveau de la première douane russe. Faut déclarer l'argent qu'on a sur nous. Avec Dead, on s'était bien démerdé pour passer la frontière avec le minimum possible, mais forcément il en reste un peu. Là y a 2 stratégies. Soit tu déclares tout et ils peuvent te trouver un truc foireux pour te piquer ton argent (typiquement, le fait que tu n'aies pas déclaré ton appareil photo en entrant dans le pays), soit tu "oublies" de déclarer un morceau et là, gare à tes fesses s'ils te fouillent et découvrent que tu as plus que ce que tu as annoncé. Moi je décide de zapper les 100 euros planqués dans une des poches. Ca  pourra toujours servir si on se fait taper le reste. Dead hésite et finalement déclare tout.

Les russes sont plutôt lents et tatillons, mais ça se passe bien au final. En fait, c'est surtout notre chauffeur qu'ils titillent, à essayer de voir s'il ne planque pas quelques kilos de riz en trop... Nos sacs , ils ne cherchent même pas à savoir ce qu'il y a dedans. Etape suivante. Une mongole attend là, paumée, pleurant un peu. Finalement elle se retrouve aussi dans notre voiture, la valise posée à l'arrache sur le coffre arrière. Une vraie arche de Noé ce rafiot ! Ca fait du poids aussi tout ça et l'engin ne date pas de la dernière pluie. Résultat, impossible de la faire redémarrer dans ce mini faux plat qui doit nous faire passer la frontiere.  C'est donc poussé par 2-3 gars qui sortent de je ne sais où, que l'on traverse ce no-man's land. Ca, on roulait au pas...
Un, deux postes douaniers russes, un, deux postes d'entrée mongole et le tour est joué. Ca a l'air beau la Mongolie, ils ont l'air gentils les gens là-bas, zens... Là, notre brillant chauffeur nous donne son tarif pour ce passage de frontière. C'est pas énorme mais c'est quand même nettement plus que les prix annoncés par le Lonely. Dead négocie et ça marche...plus ou moins.... on se fait quand même virer un peu brutalement du tacot. On récupère dard-dard  nos affaires et zou, on les file à un gars qui semble être chauffeur de taxi et qui continue jusqu'à Soukhe-Bator, avec une des nanas qui était dans la voiture. Ca va super vite, faut suivre !

Enfin c'est fait ! Nous voilà en Mongolie, dans ce taxi et tout de suite on se sent mieux. La nana qui est avec nous fait ne que parler de son amour pour Jesus-Christ, de sa foi en David, Martin, Paul... J'écoute à peine, je glisse un oui-oui quand il faut. On est en Mongolie bon sang !
Soudain drame ! Mon chapeau ! J'ai oublié mon chapeau dans le vieux tacot avec toute cette précipitation. Pas de doute, il est resté niché sur la plage arrière. Damne, me voilà nu comme un vert. Le vilain n'aura pas voulu me suivre plus loin et sera venu mourir dans ce no man's land, irrécupérable.  Bon c'est cher, mais faut croire que c'était le prix à payer. Welcome Mongolia !
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DEad 21/11/2006 23:12

Waouh, merde, t'as paumé ton chapeau !C'était quand même bien galère ces quelques jours, bien content d'en être sorti et d'arriver en Mongolie ! Souvenirs, souvenirs...Ma soeur a eu 30 ans aujourd'hui.On devait organiser un AVIS DE KO ELECTORAL pour pousser les gens à aller voter et à se bouger le cul mais on a du annuler, ici le peuple français est un peu apathique et acueuille les candidatures de Sego / Sarko sans sourciller ni rêver. Constat amer et déception, mais bon on ne lâche pas l'affaire !J'ai passé la journée avec Romain Humeau (chanteur d'Eiffel) pour une journée promo, et c'était franchement génial par contre, une vraie complicité s'est tissée au cours des années et ça donne beaucoup de sens à ce qu'on fait je trouve.Allez, Goodbye Russia, en avant pour la Mongolie, soon....Et toi tu pars au Laos ! Génial, j'ai hâte de savoir comment tu vas ressentir ce pays si touchant.Des bises amigo, et n'oublies pas de penser un peu à moins au son des "Sabaydiiiii !"DEad

Léonard Jaillet 28/11/2006 03:59

On ne m'avait pas mentit... 10 jours que je suis la-bas et ce pays et ses habitants sont absolument veritablement incroyables... si le paradis n'est pas ici, il ne doit pas etre loin... Je n'en dis pas plus aujourd'hui mais je suis 100% conquis. Kwap jai lai lai pour ces comments mon Dead et continues ta lutte sociale, faut qu'ca bouge !

tho 14/08/2006 11:43

Pfiou, ça décoiffe !Je respire, je prends une douche et je vais lire la suite ...