L'eau pure du Baikal

Publié le par Léonard Jaillet

Le "Paris de Sibérie". Arrivée à Irkoutsk, avec Martin, Alec et Martine, nos 3 compagnons de voyage polonais. C'est vraiment classe de pouvoir enchaîner la suite du voyage avec des gens chouettes comme ça. De plus, nos 3 amis parlent  très bien le russe, ce qui est un luxe loin d'être inutile, dans une région de Russie si reculée. Dead et Alec restent à la gare pour  garder les sacs et je pars avec les 2 autres pour aller repérer un endroit où dormir. Le guide que les polonais ont emportés a l'air bien mieux fait que notre Lonely et référence une chambre d'étudiants qui a l'air largement moins chère que les hôtels qui nous sont proposés. Nous voilà donc partis a la recherche de cette résidence universitaire.  La ville nous rappelle tout de suite que l'on est maintenant bien loin de Moscou, mélange détonnant de culture russe et de culture asiatique.  Je m'aperçois que je suis pour la première fois sans Dead, avec 2 polonais que je connais finalement très peu, dans une ville bien dépaysante. Il pleut, les voitures circulent a toute berzingue dans tous les sens. Petit état de grâce, ravi de me sentir au coeur du voyage...


Raterri Léo ! Rien que trouver un appart, même en parlant le russe, c'est galère. Plusieurs essais infructueux à tenter de trouver notre résidence, à tomber sur des espèces de militaires renfrognés à l'accueil d'hôtels miteux, qui te balancent un "niet" catégorique, sans avoir même écouté la question. C'est finalement de façon un peu inespérée, a 2 doigts de laisser tomber, que l'on finit par trouver le lieu indiqué. A l'accueil, deux nanas aimables comme des clous rouillés, nous expliquent la situation : "non, non, ça va pas être possible, ces chambres sont uniquement destinées aux étudiants". Pénibles celles la! Haha, mais c'est sans compter sur le pouvoir séducteur de nos polonais qui font les yeux doux et les miséreux et qui après une interminable négociation arrivent a faire passer la pilule (pour ma part, je ne fais rien, la seule consigne étant de ne pas ouvrir la bouche, parce que Martin a fait comprendre, pour simplifier, qu'on était tous polonais...) Finalement la chambre coûte 160 roubles par personne alors que les hôtels les moins chers sont entre les 350 et 400 roubles. Ouf, ça valait quand même le coup de se prendre un peu la tête !


Apres avoir retrouvé Dead et Alec, rapatrié les affaires a l'hôtel, nous retrouvons finalement Olga et sa mère face à la statue Lenine au centre-ville (existe-t-il une ville de Russie sans sa place et sa statue Lenine ?) . Petite visite du centre qui s'avère assez décevante. La ville, pourtant surnommée le "Paris de Sibérie"  manque dans son ensemble de charme et l'on décide de ne pas trop y traîner, de filer au lac Baikal dès le lendemain. Le soir, on va quand même avec les polonais voir les maisons en bois, ornées de motifs sculptés, typiques d'Irkoutsk et en train de tomber complètement en ruine, car jamais entretenues. Etonnant de voir ces maisons au parallélisme douteux, qui ont l'air de s'écrouler sur elles mêmes, du coup, les portes étant bien souvent à moitié enfoncées dans le sol et les fenêtres situées au niveau du sol.

Au pays des chamans. Vendredi 28 juillet. Départ en marchroutka, espèce de minibus tout terrain, qui file à toute allure vers le lac Baical et l'île d'Olkhon, île mythique considérée par les Bouriates comme un des 5 pôles mondiaux de l'énergie chaman. Après 5 heures de route chaotique, nous voilà aux abord du lac le plus beau du monde ! Le temps est grisâtre et l'espèce de berge ou l'on nous fait attendre le ferry qui doit nous transporter sur Olkhon est vraiment degueue.  Une espèce de décharge naturelle posée en plan envahit le terrain et son odeur nos narines. Des stands de tirs sont là pour distraire les militaires impatients.  Un peu loin le lieu idyllique auquel on pouvait s'attendre... Heureusement, derrière la petite bute, une première vue sur une longue étendue du lac nous laisse présager de sa vraie beauté.

 
Les heures passent et nous sommes toujours bloqués comme des flans sur cette berge. En fait, un mec est là pour essayer d'optimiser au mieux la place sur le ferry (ça se joue vraiment toujours au centimètre près), de façon à faire tenir le plus possible de voitures sur ce bateau. Le mec a vraiment l'oeil, et on se dit qu'il ferait un carton a Tetris ! Le problème c'est que notre minibus est quand même assez gros et qu'apparemment il a rarement besoin de cette pièce dans son jeu de construction. Et pas moyen de tricher. Dirigeant sa petite affaire d'une main de fer, il passe de véritables savons a tous ceux qui vont essayer discrètement de doubler. Visuellement, le tout est un beau bordel !

5h30 d'attente avant de pouvoir enfin passer !  Finalement, nous reprenons la route et après encore quelques heures, arrivons a Khoujir, seul et unique petit village de cette île encore relativement préservée de ces cons des touristes ;-). Avec ce retard, il est déjà plus de minuit et impossible de savoir où se situe la guest house où l'on voulait aller (de toute façon on a pas de réservation et à priori, il y a de fortes chances pour qu'elle soit complète) . Plutôt que d'être lâchés seuls dans la nature, on décide donc de suivre 2 anglais rencontrés dans le Marchroutka et qui eux ont réservé et savent un peu mieux où aller.

Arrivée, donc, dans la "Solnetchnaya" guest house. Changement d'ambiance. Accueillis par de jeunes guides toutes pimpantes et parlant anglais, on nous propose de manger, on nous parle des différentes excursions possibles... Bref,  on nous intègre de suite à fond alors que l'on est encore là avec nos gros sacs, un peu décalqués par ce voyage, à se demander s'il va y avoir de la place. Cool ! Peu après, débarquent une bande de 5 irlandais, qui sont en fait des potes des anglais et qui eux sont de suite A FOND ! Surexcites, ils sortent immédiatement la Vodka pour trinquer avec les russes posés la. En discutant un peu avec eux, on a la confirmation que ce sont de beaux fous furieux. Untel s'est pété à moitié la jambe en tombant complètement  bourré dans le transsibérien, tel autre n'est pas remonté à temps lors d'une halte et a du passer 2 jours a Novossibirsk, avec rien d'autre pour vivre que ses 8 litres de vodka fraîchement achetés...

La petite eau sibérienne. Apres avoir été un temps débordé par autant d'excitation, je laisse totalement mon appréhension de coté en arrivant au bar de la guest house. Une fois de plus, ambiance un peu surnaturelle, entre le camp de vacances et rencontre du 3ème type. Des russes sont attablés à siroter de la Vodka, des gens chantent en karaoke sur une macarena foireuse, des gens dansent, les irish sont à fond. J'avoue que je me sens vite en forme, un petit peu trop vite peut-être...

Les autochtones ont tôt fait de repérer les 2 petits français (arch Frantsouzkilles!!) et nous initient aux rites dégustatifs de la vodka russe : un premier petit verre cul sec et hop, par dessus, le cornichon pour faire passer le tout. 2ème verre, cette fois-ci c'est bisou sur le front de ton voisin avant de croquer le ch'ptit cornichon. 3 eme verre...4 eme... et je pars, je pars... Mémorable karaoke en duo avec Dédé sur  "Et si tu n'existais pas" de Joe Dassin. Un grand moment d'émotion, applaudissement du camp russe. Plantage complet sur "désenchanté" de Mylène Farmer. Encore plus drôle !
Le temps s'accélère, je commence une conversation avec quelqu'un et la finit avec quelqu'un d'autre sans que cela semble poser de problème. Très sage, je coupe maintenant mes Vodka avec... un mélange Coca-Vodka...  C'est fou, me voilà qui comprends parfaitement le russe (suis-je russe ?)   Vision surréaliste d'un mec en treillis militaire (jusque là rien d'anormal, c'est la mode là-bas),  qui se déclare skin head, mais qui dit adorer la France et sa culture et vient nous serrer Dead et moi dans ses bras. Ahhh, c'est beau l'Amour!
Mais voilà, les russes sont coriaces, les bougres. Et me voilà quelques heures plus tard, je ne sais pas trop comment, ramené titubant à ma couche, enserré par 2 personnes qui me prennent par les épaules (est-ce bien Dead à ma droite ?) . Belle cuite à la Vodka avec des russes jouant à domicile, c'est du beau !

Des lendemains difficiles... Que dire du lendemain, si ce n'est qu'il fut rude, très rude. Heureusement, Dédé avait pris soin de mettre une espèce de grosse cuve trouvée je ne sais où à cote de mon lit. Je ne sais pas, sûrement ces cornichons mal digérés, mais j'ai été malade comme un chien toute la journée, cloué au lit. C'est donc enfermé dans une pièce de 10 mètres carrés, sans charme, peu fier de mes exactions de la veille, que je vais passer cette premier journée dans ce lieu paradisiaque. Ah j'en ai bave comme pas permis. Dead, ayant un peu moins subit que moi (mais pas frais non plus, faut pas déconner), me sert d'interface face au monde extérieur. Il me raconte a quel point c'est dommage que je sois malade, parce que le lieux est absolument incroyable, m'explique comment un chien fou furieux a essayé de lui bouffer le pied, m'avoue que les russes tournent de nouveau, depuis le début de la matinée à la Vodka. Y sont fous ces russes !

Finalement, il va falloir attendre le coucher de soleil, pour que je me sente suffisamment fort (et pourtant j'en mourrais vraiment d'envie) pour sortir de mon trou et aller admirer le paysage. Drôle d'impression, que de voir un paysage d'une beauté hallucinante, éclairé par la magnifique lumière des derniers rayons de soleil, tout en étant a deux doigts de tituber, m'arrêtant toutes les 2 secondes pour voir si mon estomac n'est pas prêt a se retourner. Ah ça, elle est pure l'eau du Baikal ! En tout cas, vision de toute beauté. Le village, garde une part de "fraîcheur" d'un temps oublié. Préservée d'une industrialisation trop poussée, l'essentiel des constructions restent en bois, montées sur pilotis. Des carcasses de voitures abandonnées à droite et à gauche renforcent le coté pathétique du lieu, sans altérer sa beauté.  L'immense lac et son son cirque de montagnes bordent ce petit coin de paradis. Les plages de sable au loin, puis l'épaisse forêt, traversée par son unique sentier. On va avec Dead se poser non loin du "rocher du chaman" aux formes étonnamment harmonieuses.  J'en prends vraiment plein la vue !

Retour au camp. Je refuse tout net d'aller au bar. Il est pour moi hors de question de goûter ou même sentir une goutte d'alcool. C'est simple, rien que l'écoute du mot "Vodka" me fait mal ! On décide donc plus sainement d'aller profiter d'une autre activité magique du lieu : écouter de la guitare au coin du feu.
Un homme à la guitare joue et chante des chansons russes à texte. Finalement, ça ressemble beaucoup à du Brassens ou du Renaud. Le tout sous un ciel étoilé magnifique, assis en cercles autour du feu, bercés par la musique et les flammes. Un autre gars est là à combler les intermèdes entre chansons en nous parlant des étoiles et des multiples mythes et superstitions qui les entourent (on m'expliquera que ce mec est en fait à la base astronome). C'est vraiment le pied ! En voyant qu'il y a deux français, on va nous jouer une chanson qui parle de Paris." Arh, Parijj, Parijj"... Dédé va aussi demander s'il est possible de jouer du "Vladimir Vissotsky", vu qu'il a un CD de lui et qu'il en est déjà fan (et c'est vrai, c'est top ! ). L'ambiance est super zen, loin de la fièvre de la veille. Je me débrouille quand même pour renverser la bière de ma voisine de droite et celle-ci m'explique alors que je viens de "nourrir" l'esprit de la terre" et que ceci m'apportera de la chance le lendemain.
On finit cette belle journée (qui avait pourtant commencée de façon si difficile) posés tranquilles loin des lumières, à contempler le ciel étoilé russe. Elle est pas belle la vie ?

La croisière "s'amuse". Le lendemain, matin, on se retrouve à l'accueil pour une excursion au cap Khoboi, extrémité nord du lac. Les russes qui sont déjà là pour partir avec nous sont déjà au mieux à la bière, au pire à la vodka (attention, faut bien comprendre que ce sont cette fois des petits couples entre 30 et 50 ans qui tournent à la Vodka à 10 heures du mat. Hallucinant quand même !) . On croise aussi "Pacha", un russe qui avait l'air vraiment très cool (je crois que lui aussi était là pour me ramener le premier soir, mais je n'en suis pas sur...). On s'aperçoit qu'il s'est fait péter l'arcade sourcilière et est globalement tout cabossé. Il nous explique qu'il est tombé sur des russes à l'alcool mauvais et qu'il a dû se battre avec les Irishs la veille  (on ne comprend pas tout) . Sans se démonter il nous dit aussi que c'est normal ce genre de truc en Russie, une espèce de tradition...

Départ en jeep tout terrain pour le nord de l'île. Petites escales à droite à gauche pour profiter des lieux, mais dans un premier temps la brume gêne un peu la visibilité. Enfin, nous arrivons à l'extrémité nord de l'île. Là encore, le lieu est absolument magnifique. Falaises plongeant dans la mer et entourées de forêt, eau limpide comme j'en ai jamais vu. Un petit coté "calanques de Marseille", mais aussi un petit coté "petite maison dans la prairie", avec ces cabanes en bois et cette herbe séchée.

Les touristes s'installent pour l'apéritif pendant que nos guides nous préparent à manger et nous invitent à la dégustation. Pas facile d'échapper à leur douloureuse vodka. Quand je leur explique que j'ai été malade toute la veille, ils me disent qu'il faut vite que j'en reboive, histoire de me soigner tout a fait. Mouaif... Continuant de refuser, on commence à me mettre doucement la pression en m'expliquant que c'est la tradition russe, que j'ai pas le choix...  Je vais donc aller jusqu'à sournoisement faire semblant d'avaler ce monstrueux poison (sissi j'en suis là !) ,en trempant mes lèvres dans le verre propose. Beark !

En tout cas l'ambiance est super chaleureuse. Vous l'aurez compris, les russes qui prennent l'apéro avec nous ont des descentes de fous et sont donc en permanence à moitié faits. Dead qui lui n'a pas refusé l'hospitalité tient une forme superbe. Il m'assure avoir l'impression de comprendre le russe, et effectivement, il semble papoter pendant 10 minutes avec "le cap'taine", une grande baraque qui a l'air plus qu'heureux de partager ce moment avec des français. Ils parlent de la proche fin de la guerre dans le monde, de la fraternité entre les peuples. Bref, ça se sent, ils sont bien !

Encore un repas génial dans un lieu de rêve (seul "hic", je stresse encore un peu, dès qu'on me parle de boire de la vodka. Traumatisé le bonhomme) . Au menu, délicieuse soupe complète  avec patates, carottes et des gros bouts de poisson, voir des demi-poissons (le mien avait l'oeil particulièrement vitreux, mais bon). Fromage, gâteaux à l'anis. Au dessert, on sort la guitare et les gens commencent à chanter. Dédé va prendre le relais, jouant notamment  "Champs-Elysées" repris en coeur par tout le monde.

Retour au camp par la grande porte ! Apres le repas, nous montons tous sur un bateau moteur d'une quinzaine de mètres pour une "mini-croisière" (n'ayons pas peur des mots) de quand même 4-5 heures le long du lac Baikal. Paysages de rêve, discussions avec deux nanas russes d'une vingtaine d'années  mi-tarées, mi- rock n' roll. L'ambiance est vraiment chouette. On se les pelle un peu mais le cadre est vraiment  magique. Encore une journée de fous.
Persuadés d'avoir vu tout ce qu'il y avait de mieux sur l'île (ok, on a loupé les phoques mais ils se cachent bien les bougres), nous décidons de repartir dès le lendemain pour la suite de notre croisière à nous. Que dis-je croisière, Odyssée !

Retour à Irkoutsk. Retour sans vague a Irkoutsk, accompagné de la charmante guide "Jane", qui va quand même aller jusqu'à nous offrir des fraises et nous payer le taxi jusqu'à la gare. Sinon rien à signaler si ce n'est ce belge qui est venu nous demander combien de slips on avait emporté dans nos valises... Décidés à filer au plus tôt d'Irkoutsk, on arrive à trouver un train partant de suite pour Oulan Oude. Quel pot !

Jusqu'ici tout s'était bien passé. Nous partîmes donc heureux vers notre nouvelle destination, loin de se douter des errances futures, nuits sans sommeils et autres incertitudes qui allaient bientôt nous assaillir...

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DEad 18/11/2006 19:48

Véritablement INCROYABLE. Ca a l'air génial et les russes ont l'air géniaux ! Cette semaine on a organisé une photo en Marcel et moustache dans la cours intérieure de l'hôtel de Ville de Lyon, on a rigolé aussi. Comment ça rien à voir ? 2 posts lus en une journée, c'est mon record ! Un jour, je serais à jour mec, DEad le compagnon des débuts

lolo 11/08/2006 14:43


Ola Leo,

Merci de nous montrer Leo et les bas de votre voyage...Alors quand est ce qu'on en apprend un peu sur la Mongolie!!??
Vous dormez dans des yahourts??

Bon à bientôt.
Lolo le rouge.

Benoît L. 10/08/2006 19:22

Yep !

gaelle 08/08/2006 19:01

salut les loulous, eh ben, je vois que la vie n'est pas tout a fait un long fleuve tranquille pour vous en ce moment !!! bon vous avez l'air vraiment de passer des moments extraordinaires. Une telle lecture de mon bureau montrealais me laisse vraiment reveuse... Profitez bien ! a +

seb 05/08/2006 15:04

enorme vos aventures ! ca donne vraiment envie de prendre le large...bon je vais me consoler avec un petit 1800m de denivellé demain ;-)