La transe siberienne

Publié le par L?onard Jaillet

Moscou, dimanche 23 juillet, 23h25, départ pour une traversée ouest-est de la Russie à destination d'Irkoutsk. 77 heures à bord du transsibérien en platskart (3ième classe), encore appelée classe dure, voiture dortoir non compartimentée regroupant au total 54 passagers. A bord, plusieurs provodnitsa sont là pour jouer des rôles de "mamans" : elles vérifient les billets, distribuent les draps, des boissons, réveillent les passagers arrivés à destination, veillent à ce que le samovar d'eau bouillante soit toujours rempli, veillent a la propreté du wagon... On ne le sait pas encore, mais de toutes les personnes du voyage, ce seront finalement elles qui nous décevront le plus, qui seront les moins chaleureuses, toujours sérieuses, limite sévères (méchantes mamans !), incapables d'esquisser un sourire alors que franchement, j'en suis sur, on en valait parfois vraiment la peine...

Au cours du voyage, le train fait escale toutes les 4-5 heures pour faire des poses de 15 à 20 minutes dans les différentes villes qui longent le parcours (pour les plus grandes Iekaterinbourg, Novossibirsk). Tels de véritables oasis, ces arrêts nous permettent de nous dégourdir un peu les jambes, mais surtout de faire le plein en boissons et nourriture. Sur le quai, des babouchkas toutes ridées mais au sourire accueillant nous attendent avec leurs sacs et leurs cartons contenant nos futures provisions.

Premier soir, premier contact. Soirée relativement posée, a prendre nos marques. En face de nous, une petite famille qui a l'air toute tranquille : Andrei et Marina, tout sourire, et leurs 2 enfants Romu (10 ans) et aîné de 16 ans dont le nom m'échappe. En dessous de mon lit, "Olga1", une étudiante un peu timide qui doit avoir dans les 19 ans. Là, c'est clair, personne ne parle anglais et va falloir se débrouiller avec les moyens du bord. Nous voilà très vite à essayer d'expliquer notre parcours présent et futur, à parler des différences de culture entre la France et la Russie... Dead est pas mauvais en mimes, que ce soit pour imiter l'avion, le train ou encore la cuillère a soupe et  quelques petits mots que je capte par-ci par-là nous aident aussi à un peu nous comprendre...
L'ambiance a donc l'air très décontractée,  loin de l'ambiance "dure" ou craignos que l'on aurait pu craindre,  les lits sont confortables, et c'est le coeur ravi par ces premières impressions que  nous nous couchons  (Dead est a fond dans la lecture de Crime et Châtiment de Dostoievski, la classe!) .

Olga2, la bénédiction. Le lendemain, "Olga2", une russe de 19 ans parlant parfaitement français, adorant cette langue et ravie de croiser 2 spécimen la pratiquant va venir à notre rencontre. Quel bonheur de pouvoir un peu mieux communiquer ! Olga est vraiment sympa et va nous accompagner tout au long du trajet.  Elle nous proposera en plus avec plaisir de nous servir d'interprète pour la suite, que ce soit pour parler avec les autres gens du wagon, acheter des vivres lors des escales... A partir de là, tout est beaucoup plus facile et on commence à se sentir vraiment a l'aise.
Olga nous apprend le "Dourak" (qui se traduirait par "l'idiot/le bouffon"), jeu de cartes à priori super courant en Russie et vraiment excellent, notamment car un peu bordélique, tout le monde jouant un peu en même temps. Du bonheur ! Et on va y passer du temps à y jouer, avec Romu, avec Olga1, ou encore d'autres dont on ne connaît pas le nom. Pour donner le change, on va aussi les faire jouer au jeu des petits cochons et au "trouduc". Ah elle est belle la France !  Du temps, avec plein de monde, à jouer à des petits jeux tout simples. Tout ce que j'adore.
Le soir, notamment grâce aux traductions d'Olga, nous voilà maintenant beaucoup plus proches de la famille d'en face et Andrei nous prose de goûter "un peu" sa Vodka, tout en grignotant des petits bouts de saucisse.  Goûter de la Vodka "Baikal", ça ne se refuse pas ça ! L'ambiance est vraiment top, on a l'impression d'être un peu de la famille, ça trinque, ça rit et le tout bien sur, rythmé par le léger bourdonnement du wagon glissant le long des rails et filant droit vers l'Asie. Je m'endors heureux.

Le transsibérien en feu.  Le lendemain, nouvelles rencontres. Martin, Alec et Martine, sont trois polonais projetant de faire sensiblement le même parcours que nous (comment ça le trajet Moscou-Pékin en transsibérien c'est classique ?).  Alec, avec sa magnifique moustache de Viking a l'air d'être un "vieux" routard d'une cinquantaine d'années, qui a baroudé avec sa compagne Marta un peu partout (les termes "routard" et "barouder" nous font beaucoup rire avec Dead en ce moment, alors désolé). Martin (prononcer Martine) est un photographe (~ 35 ans)  à l'air un peu décalé et fier de l'être. Super chouette,  Il va me donner vite fait des petits cours de photos (que vous devriez pouvoir voir bientôt !)
 Ce troisième soir, c'est nous qui allons payer notre Vodka, pour fêter notamment  la rencontre avec les polonais. "Na zdarovie". Ca trinque encore à tout va, ça se marre, plutôt  en anglais cette fois-ci.  Tout le monde est content de rencontrer des gens différents et qui pourtant dans le cas présent sont si proches. Ca parle de musique, de ciné, ça raconte des blagues. On a l'impression que la bonne ambiance se propage de partout (faut dire qu'on hurle un peu de rire...)  Dead avec ses lunettes roses a un look d'enfer, et fait bientôt le tour de tout le wagon pour distiller sa vodka, avec à priori un succès très mitigé (faut pas trop en demander non plus). On se sent quand même sur une autre planète,  c'est le feu !

Bouillonnement en tout genre. Le transsibérien, c'est aussi Macha et Youlena, 2 ados de 15 ans apparemment en pleine crise, qui iront chuchoter en cachette dès qu'elles nous croiseront ou encore essayeront discrètement de nous prendre en photo avec leur portable.
C'est aussi le coup de coeur de Maria (~25 ans), qui nous avouera peu de temps avant la fin du voyage qu'elle parle français, adore les français et leur coté romantique (elle nous fera dédicacer un de ses livres puis nous glissera un petit mot juste avant de partir...)
C'est les séances de dégustation des mets typiquement russes, avec l'ignoble panne aux oeufs de poisson à peine goûtable et  les délicieux "pozy" ou "buuzi", sortes de raviolis fourrés à l'agneau et spécialités bouriates (les bouriates, peuple mongol fort de plus de 400 000 habitants, forment le groupe ethnique le plus important de Russie (merci Lonely)).
C'est aussi les gamins de 3 ans qui viennent jouer avec toi,  les chiens qui courent de partout, et tout le temps ces échanges de nourritures, ces prêts d'objets, cette complicité implicite.
C'est enfin les au revoir chaleureux sur les quais, a chaque fois qu'un compagnon de route arrive à destination, avec promesse de garder contact par mail.

Voyage voyage... 3 jours de transsibérien, c'est tres court. 3 jours pleins à ne rien faire... si ce n'est discuter, jouer, se marrer, picoler. Le temps de tisser des liens et hop, nous voilà à quai ! On décide avec Olga 2, déjà nostalgique, de se revoir à Irkoursk. Elle sera même intéressée pour nous suivre jusqu'en Mongolie, mais finalement, l'affaire s'avérant trop compliquée, elle sera abandonnée. Jeudi 27 juillet, 9h13 heure d'Irkoutsk, 4h13 heure de Moscou, 2h13 heure de Paris. Derniers instants dans le train, les sacs se referment, ce monde bulle prend fin.
Les polonais cherchent eux aussi un bon plan pour se loger a Irkoutsk et nous décidons de débarquer ensemble dans ce nouveau monde. L'aventure continue !
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DEad 18/11/2006 18:50

Putain, ce voyage a l'air génial, ce que tu racontes est véritablement incroyable !Je suis vraiment désolé de ne pas te donner trop de nouvelles et de ne pas trouver le temps d'améliorer ton site, il se trouve que je viens de passer les 2 ou 3 semaines les plus denses de ma vie niveau boulot... et là je me remets à lire ton blog dans les loges du concert de Didier Super au Ninkasi Kao !!!Des tas de bisous mon ami, et en vrai c'est avec émotion que je me replonge enfin dans ce périple moscoviteA+DEad

Méla 04/08/2006 16:07

Salut Léo!A la fin de la lecture de ce récit, j'ai eu la cher de poule. Drôle d'émotion... Léo, c'est officiel, tu me fais rêver!!J'attends impatiemment la suite et.... des photos!!Bisous - Méla

lolo 04/08/2006 15:50



Hello Leo,


Trop court le trans..?
pourtant on m'avait dit :
"le transiberien c'est bien hein, mais c'est long, c'est long..."

Bon en tout cas c'est officiel, depuis que vous êtes là bas ils sont en pénurie de vodka et d'alcool fort (c'est vrai en plus..).
Bon ben le bonjour à Olga (si j'ai bien suivi elles s'appellent toutes Olga..).



fanny 03/08/2006 22:26

léo, ia fait vraiment envie ces récits de pérégrinations avantureuses!! et ça me donne vraiment envie de vacances...et pis tu vois, la vodka, y a que le premier verre qui est dur, les autres suivent tout seuls!