Les premiers pas

Publié le par Léonard Jaillet

 "Attention, Moscou est une ville dangereuse ou les touristes sont des proies faciles repérées des leur sortie de l'aéroport."

Lundi 17 juillet, 14h40, heure locale, arrivée a Moscou. Conditionne par de nombreuses mises en gardes a propos des multiples dangers que recèle la Russie et en particulier Moscou, j'arrive dans ce nouvel univers plutôt tendu, d'autant plus que Dead semble encore ne pas avoir atterri, sans doute un problème de décalage horaire... La vieille mamie sur ma gauche a l'air de reluquer mon sac a dos de façon étrange tandis que le jeune homme souriant sur ma droite ne peut être qu'un agent du KGB. Quelques minutes suffisent également pour que je me rende compte que pour ce qui est de ma compréhension du russe, c'est loin d'être gagné : je suis bel et bien largué !

Apres avoir un peu calme mes démons paranos et avoir réussi à prendre le bus et le métro sans encombre (Dédé est a ce moment la beaucoup trop fatigué pour être stressé), nous arrivons dans l'appart des parents de Valentin.

Sa mère et un de ses fils (à Val) nous accueillent chaleureusement. La mère débite des phrases en russe a toute vitesse ce qui nous largue complètement et lorsqu'elle cherche dan le dico en français un truc important, c'est pour nous dire en parlant de Moscou ou du voyage en transsibérien : "bandits, voleurs, courir le danger"... ce qui finalement est très drôle et finit par me décrisper. Rapidement, la mère et son petit fils nous laissent pour aller dans leur Datcha. Nous voilà tous les deux au coeur de Moscou avec un appart rien que pour nous !

 C'est le lendemain matin, au moment de partir pour aller visiter les "incontournables" de  Moscou, que débute l'incident de la porte. Clac ! A peine sortis dans le hall de notre tout nouvel appart, nous nous apercevons que nos clefs n'ouvrent qu'une des deux portes d'entrée. Nous voilà enfermés dehors ! Sans vraiment s'inquiéter, après petit conciliabule nous concluons qu'il faudra juste dans la journée appeler les fils de Val, Max et Youra qui habitent a coté et qui eux doivent avoir la clef manquante. Apres une journée de pur tourisme, occultant un peu l'affaire, nous décidons finalement d'appeler les 2 frères qui nous expliquent qu'il ne devrait pas y avoir de problème, que pour la porte il devrait suffire de bien la pousser et la tirer. C'est super louche ! D'autant plus qu'on a passé un bon moment le matin avec Dead a essayer de l'ouvrir cette porte ! Je propose donc à celui-ci d'aller vérifier tout ça. C'est alors que l'ami, homme zen parmi les zen, tente de me rassurer et de me convaincre que puisqu'il en est ainsi "il n'y a plus de problème, qu'on peut continuer a rester en ville puisqu'on peut maintenant rentrer comme on veut..." Comme il voit qu'en moi quelques soupçons de doute subsistent, il utilise son arme fatale, le "j'suis sur".

Le piètre narrateur que je suis se doit de donner quelques explications. Dédé et moi avions mis au point dans l'avion une règle en or, la règle du "j'suis sur". En cas de désaccord entre nous deux sur un sujet pratique important, l'un de nous peut utiliser un "j'suis sur" et forcer l'autre a le suivre dans son choix. Le premier ayant propose  3 "j'suis sur" découlant sur de bons choix a le droit par la suite de trancher tous les points de désaccord qui peuvent apparaître dans ce voyage. Au contraire, le premier ayant 3 "j'suis sur" incorrects donne le droit a l'autre personne de mener la danse.

 Dead -1, Léo 0. De retour a l'appart en fin de soirée, il faudra peu de temps pour nous rendre a l'évidence : la porte est bel et bien fermée et nous sommes a la rue. Et Dead, avec un petit sourire crispé de dire "Et oui, c'est ça la Dead galère..." .

Finalement, ce sont Max et Youra, prévenus par Val qui viendront a notre rescousse et nous accueillerons chez eux pour la nuit, après avoir quand même tente de forcer leur propre porte a coup de tournevis et couteaux. Max et Youra ont un super look, a mis chemin entre le dark-gothique et le corsaire de l'espace. Max a d'ailleurs une épée a deux mains dont il ne se sépare que très rarement. Bref se sont des moscovites qui ont la classe et qui sont vraiment cool ! L'épisode de la porte se terminera finalement le lendemain, sans même a avoir à la défoncer, le père de Val ayant la clef manquante et nous ouvrant la caverne d'Alibaba.

 Outre cette petite galère probablement nécessaire à pimenter notre morne quotidien, le reste du séjour est un vrai régal. Dégustation des petites spécialités locales achetées sur les mini-marchés que l'on trouve un peu partout dès que l'on quitte l'hypercentre. Prix spécial pour le fromage de chèvre bien corse, enrobé de chocolat, qui a le mérite d'être... surprenant. Au resto, tout n'était pas terrible, mais les soupes et le plats de viandes et pommes de terre bouillis servis dans des pots de terre cuite sont délicieux (Dead prendra d'abord du carpaccio et autres salades grecques, avant de réaliser que l'on est en Russie...).

En ville, les réactions face a notre profil de badauds en voyage (mais autour du monde tout de même !) sont variables. Certains nous crient dessus parce que nous ne sommes même pas foutus de parler russe, ou encore essayent et réussissent à nous arnaquer (300 roubles soit environ 9 euros les 3 tomates, ce qui représente là-bas le prix d'un bon repas). D'autres seront au contraire ravis de voir des français. Merci Zidane ! Un type mort de rire devant notre look proposera même de m'acheter mon chapeau... Il ne faut pas non plus oublier les militaires a chaque coin de rue, avec leur allure plutôt flippante qui ont tendance a te dissuader de traverser au rouge, mais qui finalement, nous ont jusqu'ici posé aucun problème.

Architecturalement, Moscou  est une ville imposante ou se télescopent les influences de 3 grands fondamentaux de l'histoire Russe : le tsarisme, le communisme et l'orthodoxie. La cathédrale de Basile le Bienheureux et le Musée d'Histoire, qui avec les rempart du Kremlin bordent le place rouge vous plongent directement au coeur de l'identité Russe. Des églises aux coupoles colorées parsèment le centre ville, cernées par d'immenses bâtiments au style communiste ornés du marteau et de la fossile. Le Kremlin, ville historique fortifiée concentre dans un même lieu une quantité ahurissante de superbes cathédrales ainsi que les bâtiments administratifs de la capitale. La visite de cette ville dans la ville se fait donc plus que jamais dans une ambiance ultra fliquée, ce qui est heureusement largement compensé par la beauté des lieux. Lors de la visite de l'église de la déposition de la robe (joli non n'est il point ?) nous assistons même a un chant russe dans la pure tradition orthodoxe. Voix cristallines, acoustique incroyable, au milieu de ce décor somptueux, un instant de magie. La Cathédrale du Christ sauveur, un peu excentre par rapport au Kremlin  est probablement le bâtiment le plus impressionnant. D'abord d'extérieur avec ses énormes coupoles dorées, qui équilibrent parfaitement le bâtiment, puis a l'intérieur, ces superbes gigantesques fresques au ton pastel.

Le mausolée de Lénine est également une "chose", qu'il faut absolument aller voir, même si pour avoir ce flash de quelques secondes du père du communisme, il faut faire la queue plusieurs heures, même si la pour approcher la "momie sacrée", il faut rentrer dans un espèce de bunker avec un militaire tous les 3 mètres pour t’interdire de  t'arrêter, de mettre les mains dans tes poches, de trop t’approcher, même si l’idole n’est peut-être finalement rien d’autre qu’une poupée de cire…

L’histoire du corps de Lénine est d’ailleurs complètement dingue et j'enverrai si j'ai le temps un post reprenant un article du Lonely qui en parle.

A noter aussi durant ces quelques jours : la découverte du Moscou by night, via la soirée concert que Val nous avait conseillé de France. Dans une espèce de cave qui fait café-concert, un peu a la toulousaine, loin des circuits touristiques, on découvre le deuxième visage de la  Russie :  ambiance chaleureuse, intimiste. Pendant plus d'une heure, des personnes vont venir slamer en Russe, cracher leur rage, déballer leurs peurs, ou dévoiler leurs amours, leur joie de vivre... Bien sur, on ne comprend rien, mais la musicalité de la langue et les réactions du public guident notre imagination. Plus tard, un concert de rock, va venir mettre le feu, histoire de nous réveiller de ces langueurs poétiques. C'est vraiment la classe la Russie !

Le temps passe et ne se rattrape guère. Ce soir nous partons déjà en transsibérien à destination d'Irkoutsk. Le trajet ne durera que 3 jours mais devrait largement apporter son lot de surprises et d'émotions. A tout bientôt les amis.

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DEad 15/09/2006 16:51

Mais... tu sais... il a l'air VERIABLEMENT INCROYABLE ce voyage !Mais comment font-ils... j'ai hâte de découvrir la suite.Au fait t'es où mon Léo ???T'en fais pas pour moi j'ai repris le boulot avec énergie et détermination, à donf, même si je pense déjà à mon prochain voyage au Tibet, au Népal, au Laos, au Cambodge, en Malaisie, au Japon, en Argentine et au Mali (toujours en 6 semaines). Le concert de Pearl Jam à Marseille était un des meilleurs concerts de ma vie. Je pars ce soir dire bonjour à Barcelone de ta part, jusqu'à Dimanche soir.Ca doit quand même être dur sans moi ;-)Mais "J'suis sur" que tu t'en sors ! .... oups, j'aurai peut-être pas du celui là !Allez, je continuerai la lecture de cette tuerie littéraire à mon retour d'Espagne !Besos fuertes a tiDEad

fanny 25/07/2006 22:44

ben dit, ça en fait des émotions!! et sans remontant à la vodka! j'te reconnais plus léox!ici c'est flammenco à donf ce soir (paco de lucia). les genres se suivent et ne se ressemblent pas!à tout bientôt

sophie 25/07/2006 14:37

Ca donne bien envie d'y etre quand on lit tout ca. Surtout quand on est enfermee dans son bureau en pleine canicule villeurbannaise. Le fromage de chevre au chocolat, quelle trouvaille! J'imagine que ca doit avoir un "gout tres special et intense" , pour reprendre les mots du dentifrice parodontax...

seb 24/07/2006 08:09

alors comme ca, on a pas encore gouté la vodka?  ;-)